06 avril 2009

Freshmen’09 : One More Year, Kids ! DeMar DeRozan

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La dernière saison NCAA fut marquée de l’empreinte juvénile des freshmen (joueurs qui sont dans leur première année universitaire). Il n’y a qu’à regarder la draft 2008 pour voir que la jeunesse imposait son insolente loi puisque quatre freshmen ont été sélectionné dans les cinq premières positions (Rose, Beasley, Mayo et Love) et dix au premier tour. D’ailleurs, chacun d’entre eux ou presque balancent des grands sourire de défi aux vétérans couturés de cicatrices de la grande ligue.

---Néanmoins, les vieux vont peut-être pouvoir souffler un peu et conserver leur job un peu plus longtemps car la cuvée de freshmen de cette année n’est pas tout à fait du même calibre. Attention, ne vous y trompez pas, ces gamins ont eux aussi du talent plein les poches, coincé entre les M&M’s et la Nintendo DS. Seulement, ils ne sont pas prêts pour la NBA (et là on se dit que l’obligation de faire au moins un an de fac est quand même une bonne idée). Mais bon vous savez, hein, prêt ou pas, les gamins ont souvent des têtes de bois et certains seraient capables de se présenter à la draft avant d’être fini.

---Sauf que les choses ne sont jamais aussi simples que ça. En effet, le fait d’être abouti ou pas n’est pas le seul élément à prendre en compte lorsque vient se poser sur la table la possibilité de serrer la main de David Stern (vous vous rendez compte que trois quarts des gamins basketteurs de la terre rêve de serrer la paluche d’un petit homme dodu qui a l’air d’avoir passé sa vie sur une feuille de calcul ?). Car le fait est que certains ont plus pour objectif d’être drafté haut (avec le salaire et le contrat garanti qui y correspond bien sûr) que de s’imposer dans la grande ligue. C’est vrai que l’un n’empêche pas l’autre et que ces têtes de pioches espèrent prendre le beurre et l’argent du beurre, d’autant plus que pas mal y ont réussis (…pas mal ont échoué aussi).

---Pour ceux qui partagent cette vision un brin gourmande, la conjoncture 2009 est plutôt favorable. En effet, la cuvée prévisionnelle de la prochaine draft est considérée comme plutôt faible (surtout si on passe après Rose et ses copains). Du coup, un joueur talentueux même s’il n’est pas prêt, aura plus de chance d’être sélectionné haut cet été que lors d’une draft future dont on ne connaît pas la teneur (a fortiori si les autres potentiels, conscients qu’ils ne sont pas prêts, décident de poursuivre leur cursus universitaire).

---Ces opportunistes seront certainement choisis sur leur potentiel (syndrome Kobe Bryant, plus personne ne veut passer à côté d’un tel joueur –douze franchises l’ont esquivé quand même et même l’équipe qui l’avait sélectionné l’a échangé immédiatement-) mais toujours dans l’optique d’être drafté haut, être choisi sur son potentiel peut l’amener plus haut que s’il l’était sur son vrai niveau. En effet, le potentiel est l’évaluation de ce que pourrait devenir le joueur dans le meilleur des cas au vu des ses attributs. Or, jouer une année de plus avant de se présenter à la draft signifie prendre le risque de prouver que l’on n’est pas à la hauteur des attentes ou simplement un peu en deçà (il faut dire que les gens ont tendance à s’emballer).

---Ainsi, il ne faut pas s’étonner si certains des freshmen postulent pour la grande ligue même s’ils ont encore du chocolat sur le coin de la tronche. Cette année n’échappera pas à son lot de têtes brûlées qu’il faudra observer avec attention dès qu’ils poseront leurs pieds encore pantouflés dans la cour des grands, tout comme il faudra surveiller les plus prudents qui gambaderont encore en NCAA.

---Aujourd’hui, on va s’intéresser à celui qui était considéré comme le plus grand talent sorti du lycée, l’arrière-ailier DeMar DeRozan.

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DeMar DeRozan (USC), né en 1989, 2,01m pour 93 kg.
Shooting Guard/Small Forward


---Ses qualités athlétiques avait fait de lui la star la plus attendue à la sortie du lycée et il était venu à USC pour succéder à OJ Mayo, mais sa première saison en NCAA s'est avérée globalement décevante. Ses 13,9 pts et 5,7 rbs sont loin des standards que l’on attendait de celui qu’on a comparé à Vince Carter. Toutefois, il y a encore de quoi espérer et même plus encore, DeRozan semble être du type de ceux qui tiennent leurs promesses.

---En effet, après avoir vraiment lutté pendant la première partie de l’année, étalant au grand jour ses énormes lacunes, l’ancien lycéen de Compton a poursuivit la seconde sur une pente ascendante. Une progression peu spectaculaire mais immanquable qui a conduit le kid a terminé la saison dans la peau d’un leader en tournant à 19,1 pts à 58,1 % (!) et 6,8 rbs sur les sept derniers matchs, dont une seule défaite face à Michigan State au March Madness (parmi les victimes épinglées sur le tableau de chasse d’USC, on peut remarquer UCLA et Arizona State de James Harden).

---Ses fabuleuses qualités athlétiques sont à l’origine de la hype qui l’entourait mais il a au cours de l’année développé un tir à mi-distance suffisamment efficace pour en faire sa première menace. Plus impressionnant peut-être, seul son plutôt bon jeu sans ballon lui permettait de déclencher ce tir mais depuis peu, le freshman parvient à le dégainer à partir d’un pull-up jump-shot même avec un défenseur sur le dos. DeRozan vient là pallier une de ses plus gênante lacunes, son incapacité à se créer son propre shoot. Ainsi, il n’a plus autant besoin qu’avant de compter sur la faculté de ses coéquipiers à mener une attaque pour s’exprimer.

---Car il faut bien l’admettre, sa plus grosse lacune, le dribble, aurait pu sérieusement l’handicaper et neutraliser toutes ses qualités. En effet, sa tenue de balle ne lui permet pas de driver et donc d’actionner ses qualités athlétiques pour plastiquer le cercle ou se servir de son tir à mi-distance tout neuf. Le tir à trois points n’est pas non plus l’une de ses forces mais vu l’état de celui-ci en début d’année (le terme « inexistant » paraît assez approprié), il y a de quoi se réjouir du niveau qu’il affiche actuellement dans ce domaine, en espérant qu’il ne s’arrêtera pas là.

---DeRozan n’oublie pas pour autant ses aptitudes athlétiques. Pas forcément exceptionnellement explosif, il n’a cessé de gagner en agressivité offensive et en intelligence afin de les utiliser au mieux. S’il parvient à être suffisamment bon dans son dribble pour percer les défenses, il sera vraiment très difficile de l’empêcher de frotter le filet à volonté.

---Un autre élément qui laisse entrevoir un horizon bien sympa, c’est sa mentalité. Sérieux et travailleur (on ne progresse pas comme ça par magie), le freshman a la qualité toujours bienvenue de ne pas forcer son jeu et l’intelligence d’éviter de se compromettre dans les domaines qu’il ne maîtrise pas (comme le drive par exemple). Et comme si cela ne suffisait pas, il est collectif et ne néglige pas l’effort défensif. En clair, le type de joueur qui plaît à n’importe quel coach.

---DeRozan n’est pas encore ce qu’on peut appeler un produit fini et sa marge de progression est encore conséquente mais sa faculté à progresser peut nous laisser espérer voir pour une fois un potentiel se réaliser.

Draft 2009 : Que va-t-il faire cet été ?

---Au vu de sa capacité à progresser et des lacunes qu’il lui reste encore, une année de plus à l’Université lui serait certainement très bénéfique. Elle lui permettrait de continuer son évolution et de montrer qu’il peut s’imposer comme le go-to-guy de sa team et comme l’un des leaders de la NCAA. Cette année supplémentaire serait pour lui l’occasion de prendre une nouvelle dimension et de passer définitivement du statut de potentiel brut à celui de joueur d’impact (en NBA ?).

---De plus, USC s’attend à recevoir l’un des plus talentueux joueurs de high school, l’ailier fort, Renardo Sidney. Pour peu que ce dernier confirme au niveau supérieur, DeRozan pourrait se trouver à la tête d’une équipe suffisamment forte pour faire parler d’elle tout au long de l’année et épicer un peu plus la rivalité qu’USC entretient avec la légendaire UCLA.

---Certains calculateurs cyniques verraient en l’arrivée de Sidney un risque de faire de l’ombre à DeRozan et par conséquent de baisser sa côte pour la draft mais cet argument paraît un peu léger pour justifier une inscription prématurée (et puis, si c’est le cas, qui voudrait d’un joueur qui fuit ce genre de situations ?). Par contre, le jeune Sidney ressemble sur beaucoup de points à un certain Zach Randolph (et pas que physiquement ou au niveau du talent). Existe-t-il un risque que celui-ci plombe l’équipe ? Ceux qui présument qu’il en sera ainsi doivent, je pense, conseiller à DeRozan de prendre ses clics et ses clacs avant de s’enterrer avec ce Zach Randolph-like mais d’un autre côté, voilà qui lui fournira une bonne expérience, certainement très utile pour la NBA (ben oui, s’il tombe chez les Clippers ?). Et puis selon moi, ce type de situation permet de voir de quel bois un joueur est fait. Ou il se fait manger par le contexte ou il le domine, et dans ce dernier cas, c’est souvent le signe des excellents joueurs.

---Ses chances de retourner à USC auraient pu être perturbés par les annonces de départ de l’actuel coach, Tim Floyd (brièvement passé sur les bancs NBA, à Chicago) vers l’excellente fac d’Arizona. Le réputé technicien n’était certainement pas pour rien dans la réussite du programme d’USC, la progression de DeRozan et peut-être dans l’évolution d’OJ Mayo, et on peut penser que ce départ aurait découragé l’ancien lycéen de Compton de rempiler pour une année supplémentaire. Mais comme Floyd a annoncé son intention de rester, la décision de DeRozan n’aura pas à en tenir compte. Quoique, au contraire, l’effort de Floyd pourrait inciter l’arrière-ailier à rester.

---Néanmoins, la dernière impression que laisse le Trojan (surnom des joueurs d’USC) est vraiment excellente et il ne serait pas complètement idiot de se présenter à la draft dès cette année. Même si je soutien l’idée d’un retour à la fac, je ne pense pas que poser ses pieds dans la grande ligue tout de suite mettra son potentiel en péril.

---Sa personnalité sérieuse, sa façon de jouer en ne se risquant pas à faire ce qu’il ne sait pas faire et en laissant le jeu venir à lui, rappellent les caractéristiques d’un autre joueur drafté après une seule année universitaire, Thaddeus Young. Drafté en 12ème position, c’est cette capacité à être précieux sans être une gêne qui lui a permis d’intégrer la rotation et de s’imposer comme un joueur important des Sixers. Je ne vois pas pourquoi il ne pourrait pas en être de même pour DeRozan. Il faudrait aussi qu’il tombe dans un effectif un peu léger à son poste comme ce fut le cas pour Young (San Antonio ?) mais je ne vois là, la seule condition à sa réussite.

StillBallin

[Aussi dans la série "Freshman'09: One More Year, Kids !": Jrue Holiday, BJ Mullens, Tyreke Evans, Greg Monroe, Al-Farouq Aminu, Willie Warren et les autres.]