29 août 2001

Analyse de la draft 2009: Les Pistons de Detroit (suite)

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[Suite de la première partie]

---Si ce plan était effectivement celui de Joe Dumars, il a échoué mais il faut reconnaître que c’était plutôt inspiré. La draft ayant lieu avant l’ouverture du marché des agents libres (le 1er juillet, je crois), il est difficile de désavouer la sélection de l’ailier de Gonzaga tant il aurait sonné juste avec le recrutement de Millsap ou de Lee (d’ailleurs, Carlos Boozer aurait lui aussi pu être un free agent cet été).

---En fin de compte, on peut penser qu’avec en main un effectif dont un seul élément, Rodney Stuckey, faisait partie des plans d’avenir de la franchise, les dirigeants ont voulu sélectionner le joueur qui leur plaisait le plus (profil, niveau effectif, potentiel) –Austin Daye, donc- tout en sachant qu’ils possédaient une grande latitude pour remodeler totalement l’effectif.

---En effet, Detroit disposait pour cela de plusieurs leviers comme celui de la masse salariale, lourdement délestée par les départs de Rasheed Wallace et Allen Iverson, ou celui des échanges avec des joueurs de valeurs qui arrivent en fin de cycle à Motor City (Richard Hamilton, Tayshaun Prince). Ainsi, au moment de la draft, les possibilités de la franchise étaient très larges et le profil du joueur sélectionné n’était pas vraiment important. Seuls son talent et les bonnes choses que les dirigeants voyaient en lui, l’étaient. Je pense que c’est vraiment cette idée de potentiel et d’upside que présente le joueur de Gonzaga qui a conduit le staff de Detroit a le choisir lui plutôt que DeJuan Blair ou James Johnson.

---Donc peut-être est-ce les choix des Pistons post-draft qui sont critiquables et non la sélection de Daye elle-même. D’ailleurs, les trois joueurs draftés sont des combo forwards certes, mais il aurait pu coexister ensemble et fournir à l’équipe qui les accueille une panoplie d’outils intéressante. Si on fait d’Austin Daye un titulaire potentiel, DaJuan Summers pourrait se muer en une sorte de Donyell Marshall en sortie de banc, balançant quelques flèches à trois points et faisant peser son physique dans les duels. Ces deux-là pourraient passer un peu de temps en 4, histoire d’écarter momentanément les défenses et de déployer un small ball assassin à longue distance. Jonas Jerebko, quand à lui, pourrait plutôt enfiler le bleu de chauffe et faire tous les petits trucs utiles facilitent le travail des leaders. Par ailleurs, le suédois est sûrement le seul des trois qui devrait être capable d’apporter une vraie contribution à l’intérieur (les Pistons n’avaient pas hésité à le faire jouer pivot pendant la summer league, quand bien même il a joué small forward durant toute sa carrière professionnelle).

---Ainsi, le recrutement de ces trois combo forwards n’est pas contradictoire en soit, mais il le devient lorsqu’on y adjoint un joueur majeur similaire (Charlie Villanueva) et qu’on laisse la raquette sans véritable présence intérieure fiable. Detroit peut encore rectifier le tir au moyen de quelques échanges bien sentis mais à l’heure actuelle, son effectif semble plutôt mal taillé.

---Et puis finalement, pourquoi ne pas avoir sélectionné DeJuan Blair au second tour plutôt que Dajuan Summers ? Je veux bien admettre que la franchise lui ait préféré Austin Daye pour son quinzième choix, mais ne valait-il pas le coup de tenter l’intérieur de Pittsburgh avec un de ses deux choix du second tour ? Récupérer un joueur de talent et remplir en partie l’un de ses besoins en contrepartie d’un choix de draft rarement décisif paraissait être une opportunité en or, quelques soient les risques qui s’y tapissent.

---En quoi la sélection de Dajuan Summers est-elle plus justifiée que celle de Blair ? L’espoir d’enrôler un power sur le marché des agents libres comme Millsap ou Boozer que je prête aux dirigeants de Motor City est peut-être une justification suffisante mais malgré tout, n’aurait-il pas mieux valu sélectionner Blair en guise de sécurité ? Il aurait effectivement fait doublon avec cette recrue espérée et Jason Maxiell mais n’en est-il pas de même avec Summers qui devra se batailler avec Prince et Daye, deux joueurs qui eux, sont déjà sous contrats avec la franchise du Michigan ? D’ailleurs, quelque soit la configuration de l’effectif, actuelle ou visée, lorsqu’un joueur calibré top 15 de la draft et répondant à un besoin immédiat est encore disponible quand s’annonce l’heure d’utiliser son second tour, on le sélectionne !

---Si je devais conclure, je dirais que les choix de draft étaient plutôt bien pensés si effectivement les projets de la franchise étaient de faire venir un ailier fort de qualité comme David Lee, Paul Millsap ou Carlos Boozer, mais que la franchise a commis une faute assez grave en ne sélectionnant pas DeJuan Blair au second tour pour assurer ses arrières.

---Je pourrais aussi regretter que les Pistons n’aient pas saisi l’occasion de mettre la main sur le cinquième choix de draft que Washnigton avait mis à vendre. Avec les joueurs qu’ils avaient (Hamilton, Prince plus des joueurs d’appoints comme Maxiell, Will Bynum ou Amir Johnson) et la place qu’ils avaient sous le salary-cap (signer un free agent pour l’échanger), Detroit avait de quoi faire un échange plus séduisant pour les Wizards que celui qu’a proposé Minnesota (Randy Foye et Mike Miller). J’aurais aussi bien aimé voir les Pistons sélectionner un meneur comme Jrue Holiday ou Ty Lawson comme je l’expliquais dans la mock draft. Mais comme l’indique la signature de Ben Gordon, les dirigeants semblent vouloir définitivement donner les clefs du poste 1 à Rodney Stuckey.

---Il faut attendre un peu avant de porter un véritable jugement mais les talents de Joe Dumars se seraient-ils émoussés ? Après une draft 2008 désastreuse, celle-ci laisse un sentiment mitigé et plus encore les mouvements qui ont suivi. Je crois sincèrement que les Pistons avaient les moyens de rebâtir tout de suite un effectif compétitif ou au moins prometteur. Or, si elle paraît solide et même assez talentueuse, cette équipe ne me semble pas être capable de voir plus loin qu’une qualification aux playoffs. Detroit a encore quelques cartes à jouer sur le marché des transferts mais la marge de manœuvre demeure quand même assez restreinte.


---Je voudrais bien ne pas trop en rajouter mais je ne peux m’empêcher de voir qu’une autre crainte a sorti ses canines. Avec quatre joueurs majeurs largement portés sur le scoring (Stuckey, Hamilton, Gordon et Villanueva) dont un croqueur pur et dur (Gordon) et certainement aucun d’entre eux prêt à abandonner leur part de ticket shoots (n’est-ce pas Richard Hamilton ?), comment Austin Daye dont le talent est surtout offensif, va-t-il trouver le moyen de s’exprimer et donc de se développer ? Le rookie que certains ne jugent pas encore prêt pour la NBA aura en plus dans les pattes un excellent joueur à son poste, Tayshaun Prince qui, s’il n’est pas gourmand, est un élément essentiel de l’effectif.

---Les minutes et les ballons devront se gagner, ce qui en théorie peut être une bonne chose car elle oblige les joueurs à être à se surpasser, tout simplement. Seulement, Daye a montré une attitude plutôt contre-indiqué à ce genre de traitement (réservé et plutôt soft) et rien ne serait moins étonnant que de le voir se faire bouffer à ce petit jeu-là. Les Pistons ont peut-être mis là main sur une chrysalide à fort potentiel mais où en est l’intérêt si celle-ci est étouffé avant de pouvoir déployer ses ailes ?

---Trop d’incohérences, trop d’opportunités manquées, l’été 2009 de la franchise de Detroit n’a pas été à la hauteur des attentes. Les Pistons ont certes opéré une reconstruction quasi-immédiate mais de celle-ci est naît un effectif bancal et mal taillé qui sera peut-être un peu court sur les dernières marches de la saison. Cette équipe n’est toutefois pas gravée dans le marbre et des évolutions ultérieures pourront voir le jour cette année ou la suivante. Du moins, je l’espère.

StillBallin

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