15 juin 2011

Humeur: Etrange, ce dernier match des Finales

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---Je suis content que Dallas ait gagné. Enfin. Parce que l'histoire est belle, parce que plusieurs joueurs passés si près du trophée jadis ont enfin pu l'inscrire sur leur palmarès alors que la trentaine avait frappé à leur porte il y a déjà un bon petit moment (Dirk Nowitzki, Jason Terry, Jason Kidd, Shawn Marion, Pedrag Stojakovic). Pourtant, aucune explosion de joie, aucun cri, aucune danse débile n'est venu ponctuer l'aboutissement de la quête de toute une carrière, pour pas dire de toute une vie. Oh bien sûr, le bonheur transparaissait sur leurs visages mais cela ressemblait plutôt à la satisfaction mesurée et digne des dirigeants d'une entreprise qui vient de prendre la tête du Cac 40. Les Mavs ont réagi comme des adultes en somme, loin des réactions infantiles mais tellement jouissives d'un Kobe Bryant sautant sur place comme un personnage de Tex Avery, ou d'un Kevin Garnett rendu à moitié fou par l'émotion gueulant à la face de la lune qu' "anything is possible". Et c'était pas vraiment marrant. Depuis quand les adultes s'intéressent à une activité dont le but est de mettre un ballon dans un panier?

---Cette saison 2010/2011 pourtant riche de mille faits mémorables a coulé ses dernières heures dans une ambiance feutrée, comme si il ne fallait pas réveiller les voisins. C'est vrai que les Mavs n'étaient pas chez eux à Dallas et qu'ils étaient un peu isolés en terre étrangère, mais cela ne pouvait pas être suffisant pour éteindre la joie d'un champion tout juste couronné après une vie couturée de cicatrices à courir après le trône. Ce n'était que le public de Miami, rien de bien intimidant. Alors était-ce plus du soulagement que de la joie? Est-ce qu'après une si longue et ardue quête, Nowitzki et ses frères d'armes ne réalisaient-ils pas qu'ils avaient enfin réussis? Je ne sais pas. Toujours est-il que ce happy end peu démonstratif ressemblait à un roman stoppé le paragraphe après le dénouement final ou à un repas sans dessert. N'y aurait-il pas eu les casquettes et T-shirts frappés de l'inimaginable et inédit "Dallas, Champions" qu'on aurait pu penser que la franchise de Mark Cuban venait de gagner un match de saison régulière. Ou de passer un tour de playoffs, j'étais presque convaincu que Nowitzki avait perdu le compte et qu'il allait expliquer en conférence de presse qu'il ne fallait pas trop s'emballer à fêter cette victoire parce qu'il restait encore une série à jouer après celle-ci.

---D'ailleurs, j'ai eu un peu la même impression avec Miami. Mais pendant la rencontre, pas après comme Dallas. Le Heat n'a pas été très bon pendant ce match à la vie, à la mort. Mais ça, ça arrive. D'autant plus qu'ils n'étaient pas ridicules, ni vraiment loin du niveau qu'ils ont affiché durant toute cette série. Les floridiens ont joué un peu moins bien mais ils jouaient de façon sérieuse malgré tout. Sauf que ce sérieux était plus approprié à une banale rencontre de saison régulière qu'à un match couperet des finales. Dos au mur, face-à-face avec la mort, en situation de "Do or Die", Miami ne s'est jamais comporté comme si c'était effectivement le cas. Comme si l'idée que ce match pouvait être le dernier ne leur avait même pas effleuré l'esprit. Jamais. Même à cinq minutes de la fin alors que les Mavericks avaient un bon mais largement éventrable matelas d'avance d'une dizaine de points, le Heat n'a jamais ressemblé à une équipe décidée à cramer jusqu'à son dernier souffle, sa dernière goutte de sueur pour essayer d'éviter cette défaite synonyme de fin de saison.

---J'aurais au moins attendu d'eux une défense rageuse, explosive et menée autant par l'énergie du désespoir que l'instinct de survie primal qui voit la mort lui arriver droit dessus. Chaque Heatman aurait dû avoir la commissure des lèvres encombrée d'écume et un filet de bave sur le menton qu'ils auraient laissé échapper dans le feu de l'action ou parce qu'ils n'auraient pas eu le temps ou la force de le retenir, et dont ils auraient de toute façon rien à faire car rien d'autre que la victoire n'occupait leurs esprits à ce moment-là et surtout pas de quoi ils avaient l'air. Là où ils auraient dû se tailler les veines et répandre leur sang sur le parquet pour ne serait-ce que gêner un peu les mouvements des Mavs, les joueurs de Miami ont conservé une allure de croisière. Pas un classique relâchement, pur abandon ou explosion en vol, non, simplement une allure de croisière. Ils ont joué ces ultimes minutes comme les 43 précédentes ou comme si il restait encore un quart-temps à jouer.

---Comment cela se fait-il? Certains diront qu'il a manqué un leader pour sonner la révolte mais avaient-ils vraiment besoin que quelqu'un leur dise que c'était le moment de se sortir les tripes et de lancer une opération commando suicidaire? Et pourquoi pas leur dire d'avancer le pied droit après le gauche tant qu'à faire? Comme avec la célébration timorée de Dallas, ça rendait un effet un peu bizarre comme décalé à cette ultime rencontre. Là aussi, je m'attendais presque à entendre LeBron James répondre après le coup de sifflet final qu'ils avaient perdu la bataille mais pas la guerre et qu'il restait encore un match pour se refaire. Est-ce que la pression nerveuse que cette équipe a durement supporté toute l'année a finalement eu raison d'eux? Ont-ils manquer de force ou d'énergie mentale pour pousser un ultime coup d'accélérateur? Il ne faut pas oublier qu'en plus d'endurer un contexte extrêmement éprouvant moralement, cette équipe à la rotation très resserrée pratiquait un basket très athlétique des deux côtés du terrain plutôt vorace en énergie. La fatigue physique et mentale étant fortement liées, ce "blackout" ne serait pas étonnant en fin de compte.

---Quelles que soient les causes de ces deux comportements trop paisibles dans la victoire et dans la défaite, tout cela donnait un drôle d'air à ce dernier match. Comme un final qui ne voulait pas avoir l'air d'en être un. Par contre, ce qu'on voyait venir gros comme un bouquin de Tolstoï, c'est les réactions dénuées de toute mesure de certains journalistes au sujet du Heat. Je me souviens avoir vu un article que je ne retrouve plus titré "The Recipe of a Disaster" (la recette d'un désastre), ce qui est quasiment indécent pour une franchise qui a seulement échoué sur la toute dernière marche des playoffs. Mais le plus drôle était peut-être Jeff Van Gundy qui en évoquant l'incompatibilité de jeu entre James et Wade (sans blague) se demandait, alors que le sang dégoulinant sur la silhouette du Heat dessinée au sol à la craie était encore chaud, si l'un des deux ne devraient pas être échangé contre Dwight Howard. Vraiment très gonflé de la part de quelqu'un qui avait affirmé en début de saison que Miami et son Big Three allait faire de l'ombre au record de victoires des Bulls'96 en saison régulière. Bah, ça fait partie du folklore; DeShawn Stevenson ne se sent plus après chaque panier à trois points, LeBron James disparaît dans les dernières minutes du match et les journalistes sportifs n'ont que 24 heures de mémoire sous le crane.

StillBallin

4 commentaires:

Startrak a dit…

L’effusion de joie dépend du caractère des joueurs. On sait bien qu’à Dallas, la plupart des joueurs sont calmes et humbles, c’est pas une surprise de ne pas voir Dirk et Kidd sauter de joie comme des gosses. Par contre regarde bien si Chandler, Haywood et Stevenson ne sont pas fous furieux. http://www.nba.com/video/channels/playoffs/2011/06/13/finals_gm6_minimovie.nba/?ls=iref:nbahpt1
Sur cette vidéo, à 4:35 tu peux voir la réaction du banc au coup de sifflet final…et Nowitzki j’ai été ému parce qu’il a l’attitude du mec qu’est tout juste en train de réaliser ce qu’il lui arrive.

Pour le Heat par contre je suis d’accord, c’est bizarre qu’ils aient rendu les armes si facilement.

david a dit…

jolie analyse, elle me semble juste.
bravo à Dallas, un beau champion, l'avenir apparient au heat!!
vivement les analyses de draft, c'est toujours un régal & merci

sydz a dit…

Oui, c'est vrai que la fin de ce match 6 a laissé comme une bizarre impression d'inachevée.

Après cette longue attente, on s'attendait sur le moment à un peu plus d'explosion de joie de la part des papys texans.
A la place on vu une émotion réelle mais trop intériorisée pour un tel moment. Enfin... pour nous ;)

De l'autre côté, la frustration n'a pas aboutie à une révolte mais vers une résignation progressive. La défaite semblait dans leurs têtes bien avant la fin du 4e QT. Les Mavs y sont pour quelque chose, mais quand même...

StillBallin a dit…

Tu as raison, Startrak, quand tu dis que chacun réagit en fonction de sa personnalité mais c'est surtout une impression générale et personnelle que j'évoque. Et comme le dis David, c'est plutôt par rapport à nous, à ce qu'on attendait ou ce qu'on aurait voulu voir que je parle de cette absence (relative) d'explosion de joie. Une si belle et longue histoire, on aurait voulu qu'elle soit ponctuée par un feu d'artifice comme dans les plus classiques happy end hollywoodiens.

Après, je trouve quand même que les réactions juste après le coup de sifflet final était, globalement, assez éthérées. Il y a eu c'est vrai quelques petites manifestations d'allégresse comme tu l'as fait remarqué, mais finalement assez isolées et diffuses par rapport à l'ensemble de l'équipe. Il n'y a pas vraiment eu d'explosion de joie collective instantanée comme on a l'habitude d'en voir, alors que le parcours de cette équipe s'y prêtait merveilleusement bien.

Tout ça n'était qu'une impression personnelle donc rien d’objectif. Par conséquent, il n'est pas si étonnant qu'on ait pas eu la même.