25 août 2009

Analyse de la draft 2009: Les Suns de Phoenix

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Joueurs draftés :

Earl Clark (SF/PF, junior), choisi en n°14
Taylor Griffin (SF/PF, senior), choisi en n°48


Meurs un autre jour


---Où vont les Suns ? Je crois qu’eux même n’en savent rien. A un moment, il semblait que les dirigeants s’étaient résignés à tourner la page des magnifiques et spectaculaires saisons passées et on était tous persuadé qu’ils allaient transférer Amare Stoudemire et son contrat finissant avant d’ensuite laisser Steve Nash offrir ses mille et une dimes à d’autres coéquipiers. Mais finalement, Stoudemire est toujours dans l’Arizona et Nash a prolongé son contrat. D’ailleurs, le canadien n’est pas le seul trentenaire à avoir prolongé son bail avec Phoenix puisque Grant Hill a lui aussi ajouter quelques années au sien.

---Que signifie cela ? Les Suns sont en échec, presque dans une impasse, et on pouvait s’attendre logiquement à les voir profiter des talents encore présents dans leur effectif pour entamer un cycle de reconstruction, via des trades ou en faisant de la place sous le salary cap. Et d’ailleurs, le transfert d’un Shaquille O’Neal revigorée contre des joueurs qui valent surtout pour leur contrat (Ben Wallace et Sasha Pavlovic, le premier ayant d’ailleurs été coupé juste après) ressemblait fort à un pas dans cette direction. Et pourtant, les deux pas suivants -la prolongation de Nash (35 ans) et Hill (36 ans)- ont semblé désavouer cette volonté de reconstruction. Quand on maintient dans l’équipe des vieux vétérans, c’est parce qu’on croit dans les chances immédiates de son équipe, non ? Alors pourquoi avoir échangé O’Neal contre du vide, peu de temps avant ?

---Comme une boussole parasitée par la proximité du métal, la franchise de Phoenix semble avoir du mal à trouver un cap à suivre, une résolution à tenir. Est-ce là l’expression d’une sorte de crise d’identité ? Steve Kerr est arrivé au poste de General Manager convaincu que les Suns ne pouvaient pas gagner sans défendre, tout confiant qu’il était dans ses expériences passées de joueur à Chicago (période Jordan) et à San Antonio où il a chaque fois été sacré. Seulement, après avoir pu observer que sa révolution avait éloigné les siens de la victoire plus qu’elle les en avait rapproché, le pauvre Kerr a lâché ses principes comme si ces derniers l’avaient trahi et a laissé son équipe rompre ses consignes pour se vautrer dans les douceurs et les illusions d’une attaque totale et débridée.

---Ebranlé dans ses convictions, conscient de ce qu’il a détruit, Steve Kerr tel un adolescent perdu dans le flot de la vie, semble chercher la vérité et par la même occasion, sa voie. Ou plutôt celle des Suns. Dans cette atmosphère étrange où l’échec présent et le succès passé mais encore récent, s’entremêlent dans les têtes et dans l’effectif comme si les exploits de naguère, maintenus en vie par les joueurs qui les ont porté comme Steve Nash ou Leandro Barbosa, refusaient de quitter les lieux de leur triomphe même après leur extinction, les Suns ont sélectionné Earl Clark. Dans les moments de doutes, de désarroi, revenir aux principes simplistes et familiers est souvent une planche de salut. Et celui auquel la franchise s’est accrochée l’est sûrement : sélectionner le meilleur joueur disponible.

---Certes, le joueur de Louisville (voir profil au 15th pick, Detroit) n’est pas le choix le plus fiable dans le sens où son avenir dans la ligue reste très incertain, oscillant sans cesse entre Josh Smith et Julian Wright. Mais son talent n’a de limites que sont irrégularité. La version Jeckyll de Clark en fait l’un des plus gros prospects de la draft et seule sa tendance à laisser Hyde prendre le contrôle trop souvent l’a rejeté jusqu’à cette quatorzième place.

---Earl Clark est un pari, mais avec un 14ème choix, c’est un pari à prendre. Le risque d’échec total existe mais l’inverse aussi et mettre en gage un choix de draft assez éloigné des premières places est une faible prise de risque pour quelqu’un qui pourrait aussi devenir un excellent joueur.


---Ainsi, la franchise d’Arizona a pioché le meilleur prospect encore disponible. Mais pas seulement, ils ont aussi sélectionné un joueur qui correspond très bien à leur effectif. Tout d’abord, « l’half-amazing, half-transparent man » est très en l’aise dans le jeu très rapide des Suns que Steve Kerr a libéré à contrecœur. Très athlétique et shooteur intéressant (même si sa tendance à se reposer plus sur son shoot que sur sa capacité à attaquer le panier est un peu contre-productive), il pourrait être rapidement mis à contribution, notamment grâce aux passes de Steve Nash et aux espaces que créent forcément la quantité impressionnante de talent offensif que déploient Phoenix.

---Son profil de combo forward est tout aussi intéressant puisqu’il offre de la densité sur les deux postes à l’aile, que ce soit en 3 derrière Grant Hill et ses 36 printemps ou en 4 pour faire souffler Stoudemire. D’ailleurs, les Suns pourraient retrouver une configuration « small ball » très athlétique et rapide avec une ligne intérieure Clark-Stoudemire. Complétée par une rampe de lancement comme Steve Nash, un bâton de dynamite sur le poste 2 en Leandro Barbosa et un arrière-ailier suprêmement athlétique et excellent shooteur du nom de Jason Richardson, cette configuration small ball pourrait laisser des marques de brûlures un peu partout sur le parquet et le cercle.


---Enfin et c’est peut-être le plus important pour la franchise, Clark possède un volume défensif des plus intéressants pour cette équipe qui n’a jamais laissé passer autant de courants d’air. Capable de défendre sur des grands aussi bien que sur des ailiers, Clark peut aussi imposer son impact défensif sur l’ensemble de l’offensive adverse (1,4 contres, ce qui ne reflète qu’une partie de son abattage) un peu à la manière d’un Shawn Marion lorsque celui était encore un Sun. Quand on se souvient du trou défensif que le départ de Marion a provoqué, il y a de quoi se réjouir. Avec une attaque aussi talentueuse et prolifique en attaque, un minimum de défense peut faire la petite différence qui change une défaite en victoire.

5 commentaires:

Dayi & Co a dit…

Tu peux m'appeler Dayi tout court Stillballin ^^

Sinon, j'ai l'impression que tu as autant d'animosité pour Steve Demolition Man Kerr que moi et je m'en réjouis. Le mec a réussit tout seul, comme un grand à foutre en l'air une équipe si éxitante.. et est aujourd'hui perdu dans ses choix!

Le Isiah Thomas de l'Arizona est pour moi son futur surnom. Manquerait plus qu'il coach la team et qu'il laisse partir Stoudemire contre rien l'hiver prochain et ça serait parfait.

StillBallin a dit…

(ça marche, Dayi)

En fait, je n'entretiens pas vraiment de sentiments envers Kerr, je ne fais qu'un constat qui en l'occurence est plutôt négatif.

En fait, Kerr me fait penser à un rookie entré dans la ligue un peu trop tôt. Même plus, qu'il s'agit d'un meneur qu'on a mis à la tête d'une grosse cylindrée dès son année de débutant alors qu'il n'y était pas prêt.

J'étais plutôt d'accord avec son idée d'instiller un peu plus de défense dans le jeu prôné par Mike D'Antoni mais il n'aurait jamais dû poser ça comme un ultimatum au coach moustachu (on voit bien là le manque d'expérience). D'Antoni parti, il a eu les mains libres pour mettre en place ses idées. L'idée de fond était bonne (défendre un peu) mais il a fait ça comme un cochon (en passant d'une extrême à l'autre).

Après, le transfert cadeau du Shaq et les prolongations de Nash et Hill sont contradictoires (reconstruction ou pas reconstruction?). Mais comme tu dis je pense qu'il est un peu largué et on retombe bien sur l'image du meneur rookie qui est complètement perdu sur le terrain alors que c'est à lui que revient de faire tourner une équipe blindé de gros joueur.

Peut-être qu'un jour, Kerr aura acquis toutes les subtilités du métier et on pourra vraiment voir si il est compétent pour ce job ou pas. Son cas n'est pas sans rappeler celui de Chauncey Billups, exemple devant l'éternel, qui n'a été capable de mener correctement une équipe qu'après plusieurs saisons dans la ligue et qui au final est devenu l'un des meneurs les plus compétents du pays.

Après, Kerr restera celui qui a fait dérailler le mythe des Suns et donc, la cible privilégiée de la haine de nos coeurs blessés. Mais j'admets pour ma part que son intention de départ était justifiée. Seulement, il s'est lourdement planté dans l'exécution.

D'ailleurs, je ne pense pas que Steve Kerr devrait porter tout seul la responsabilité de la fin de ces Suns-là. Si Nash and Co ne se faisaient pas systématiquement étalé avant de parvenir aux Finals, il n'y aurait pas eu besoin de faire des ajustements aussi importants ; si Nash et surtout Stoudemire s'intéressaient un peu plus à la défense, personne n'aurait eu grand chose à dire ; si D'Antoni avait accepté de faire quelques concessions aux phases défensives, tout n'aurait pas volé en éclats. J'en ai d'autres comme ça (Shawn Marion qui voulait être le franchise player, Stoudemire qui voulait avoir plus de shoots, Steve Nash qui n'a pas su s'adapter à une façon de jouer différente -> http://unlimitednba.blogspot.com/2008/05/special-guest-stillballin-prsente.html ,etc) mais ce n'est plus forcément utile de revenir dessus (faut pas remuer le passé dans la plaie).

Dayi & Co a dit…

Plus qu'un manque de défense, je pense sérieusement que le vrai problème des Suns, c'était le manque de profondeur de banc. C'était vraiment étrange qu'un coach demandant un jeu exigeant physiquement ait si peu de joueurs valide. Les Suns jouaient à 6 ou 7, n'ont jamais su trouver de remplaçant correct à Nash, n'ont jamais eu de pivot correct pour faire des fautes (à part Kurt Thomas)
Ils se sont tirés une balle eux-mêmes..

Et puis il y a un certain manque de chance, comme une légende qui ne veut pas s'écrire ou du moins qui s'écrit dans la douleur et les coups de pute de Horry et des Spurs..
C'est un peu les Pays-Bas de la NBA. Belle équipe, très belle même mais qui fut brisée par des équipes plus solide et plus chanceuses..

Dominique a dit…

"C'est un peu les Pays-Bas de la NBA. Belle équipe, très belle même mais qui fut brisée par des équipes plus solides et plus chanceuses.."

Exactement. Loosers éternels, mais avec panache et style...

StillBallin a dit…

C'est vrai l'analogie est presque parfaite (ça doit être le orange qui fait ça)


Dominique: "Loosers éternels, mais avec panache et style..."

ça m'étonne presque que Chris Webber n'ait pas été dans cette équipe.


Pour en revenir aux raisons de leurs échecs, je suis entièrement d'accord avec toi Dayi, ce manque de profondeur a certainement été déterminant (j'en parlais dans ce vieil article que j'ai mis en lien dans mon commentaire précédent). D'ailleurs, je pense que ce manque de densité de l'effectif est liée à l'absence de défense. En effet, comment les Suns auraient-ils pu tenir leur rythme électrique en attaque et défendre dur simultanément avec une rotation aussi réduite?

J'espère que Mike D'Antoni aura retenu les leçons de ces échecs et qu'il pourra concrétiser le potentiel de sa philosophie de jeu avec les Knicks parce que c'est vraiment quelque chose qui ferait plaisir à voir.