14 avril 2011

Dennis Rodman Hall of Famer, un coup de Mister Tricks David Stern?

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---Quel bonheur d'entendre le nom de Dennis Rodman être prononcé à l'heure de désigner les nouveaux membres du Hall of Fame de la NBA. Ce phénoménal champion des tâches obscurs qui n'a pas hésité à parer son bleu de travail de la plus formidable palette d'extravagance psychédélique pour instiller de la fantaisie à son personnage de l'ombre, est forcément resté dans le cœur et la mémoire de ceux qui l'ont vu remporter des titres aux côtés de Jordan et Pippen, comme un graffiti peint sans autorisation sur la façade d'un immeuble mais trop inaccessible et trop bien foutu pour être retiré.

---Cette intronisation est d'autant plus délectable qu'on n'imaginait pas qu'elle aurait un jour lieu. L'ailier fort d'1m98 affiche en effet une ardoise de faits divers un peu trop lourde et détonante pour qu'une NBA très soucieuse de son image et de ses valeurs en fasse un membre éminent de son tableau d'honneur. D'ailleurs, pas grand monde n'était dupe de ce boycott qui ne voulait pas en avoir l'air. A chaque nouvelle fournée d'inscriptions au Hall of Fame, on pouvait écouter certains évoquer avec humeur l'oubli certainement volontaire de l'ancien n°91 des Bulls, morigénant que la ligue au fondement trop coincé ne voulait pas entendre parler de ce genre de joueur, qu'importe son mérite et sa popularité auprès des fans de la balle orange. Soutenu comme un hors-la-loi au grand cœur par ces derniers et vu comme une brebis galeuse par les grands patrons de la marque NBA, Dennis Rodman et sa postérité constituaient un des points de fracture entre la ligue et son public.

---Puis, l'intronisation de Dennis Rodman au Hall of Fame a été annoncé. Comme la découverte d'un paysage couvert de neige au petit matin ou d'un billet de banque sans propriétaire sur le bord d'un trottoir, cette divine surprise est tombée du ciel sans que personne ne s'y attende. Miracle, bref accès de générosité, erreur dans le dosage de certains médicaments à effet euphorisant, qu'importe l'origine de cette décision, ce qu'on ne pensait jamais voir arriver est arrivé.

---L'honneur qui est fait à ce joueur qu'on voyait griffonné en tête d'une liste noire cachée quelque part dans un tiroir de David Stern, cette admission au Hall of Fame, est si inattendue qu'on en viendrait presque à se poser des questions. Et en effet, il en existe peut-être quelques unes à même de débusquer anguilles et autres animaux aquatiques sous roche. Étrangement, cette annonce insérée dans le fil des news sans fard ni trompettes intervient alors que la ligue est au centre d'une houleuse et âpre discussion à propos du prochain CBA et pour lequel le public constitue une force d'influence et de pression extrêmement importante.

---J'en viens donc à l'objet de mon article, David Stern et sa clique ont-ils voulu utiliser l'anoblissement de Rodman pour monter d'un cran ou deux leur popularité en vue de la négociation du CBA? Car en tant que raison d'être de ce championnat et principale source de revenu des deux camps en discussion (les dirigeants de la ligue et des franchises contre les joueurs et leur syndicat), les fans et les observateurs peuvent faire pencher la négociation d'un côté ou de l'autre (il y a fort à parier que si le public choisit une des deux parties, l'autre sera considérée comme "le problème", celle qui sera jugée la moins raisonnable et la moins volontaire, celle qui sera vue comme le principal responsable de la crise et du risque de lock-out, que cela soit effectivement le cas ou non) et coincer l'un des deux camps dans une situation très inconfortable. Ainsi et je ne sais pas si c'était l'intention mais l'intronisation au Hall of Fame de Dennis Rodman efface un point de désaccord entre la NBA et les fans, et vient mettre un peu de baume à une relation couverte de crevasses et de "je t'aime, moi non plus" à un moment où une cote de popularité souffreteuse pourrait être fatale à la table de négociation.

---Alors, simple coïncidence ou véritable manœuvre stratégique? Je n'en sais rien et puis au mieux ce move n'aura qu'un effet minime dans cette foire d'empoigne qu'est devenu la négociation pour la rédaction d'un nouveau CBA. Mais comme je le dis, c'est pas un mauvais moment pour redorer son image, même légèrement. Et le fait que ce soit The Worm qui en soit le vecteur rend la manœuvre -si s'en est une- extrêmement savoureuse.
StillBallin


P.S: L'inscription du rebondeur fou au Panthéon de la NBA est l'occasion de plonger dans le passé et de craquer quelques minutes sur ce joueur inclassable (mais néanmoins moins dingue que l'ancien pivot des Nets Jayson Williams), avec par exemple l'article d'Alain Mattei sur basketblog.com qui revient sur l'autobiographie du feu follet parue en 1996.
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1 commentaire:

Kriss a dit…

C'est vrai que l'ironie du truc est pas mal