07 janvier 2011

Shannon Brown est-il le nouveau Trevor Ariza des Lakers?

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---Il y a une dizaine de jours, peu après la séparation "à l'amiable" entre Larry Brown et les Bobcats, BasketUSA avait publié un top 5 des erreurs commises par Michael Jordan depuis qu'il est le décideur principal de la franchise de Caroline du Nord. Article intéressant et assez légitime tant His Airness est contesté dans ce rôle (un sentiment peut-être un peu plus gonflé qu'il ne devrait l'être vu que le Divin Chauve est en première ligne de par son hyper médiatisation et le fait qu'on a tous une bête tendance à regarder ses actes de dirigeants à l'aune du joueur qu'il était ; parce que finalement, la plupart des Generals Managers ou autres responsables décisionnaires ont chacun leur lot de casseroles accrochées à la ceinture) cependant, je qualifierais difficilement d'erreur le transfert du bobcat Shannon Brown aux Lakers en compagnie d'Adam Morrisson en échange de Vladimir Radmanovic, que cet article classe en 4ème position de son classement des manqués de Jordan.


---A l'époque, l'arrière trampoline était loin d'être considéré comme le précieux role player qu'il est aujourd'hui à L.A. Drafté au premier tour en 2006 par Cleveland (en 25ème position), passé par la D-League, pris comme pièce d'appoint dans un échange plus volumineux que talentueux avant d'être laissé libre par son équipe de destination l'été venu, puis signé par Charlotte pour remplir le banc, Shannon Brown faisait partie de ces joueurs qui ont assez de qualités pour intégrer un roster NBA mais pas suffisamment pour poser régulièrement les pieds sur le parquet. D'ailleurs, BasketUSA ne lui donnait pas beaucoup plus de crédit lorsque le site a annoncé la transaction qui l'a mené à Los Angeles. Son nom n'est évoqué qu'en passant, la dépêche se concentrant principalement sur Radmanovic et Morrisson. Brown n'était en effet qu'un élément d'appoint, un joueur du bout de banc pour ainsi dire sans valeur. Comme pour conforter cela, ce même article terminait en concluant assez logiquement que les Lakers étaient sorti perdant de ce deal. Ainsi et en se replaçant dans la situation de l'époque, on ne peut pas épinglé ce transfert dans le tableau d'erreurs de Michael Jordan. Quand au "Shannon Brown avait le jeu pour exploser à Charlotte" qui est asséné en fin de paragraphe, cela serait alors plus vraisemblablement la faute de Larry Brown que celle de Michael Jordan.

---Personnellement, je ne blâmerais pas le vénérable coach non plus. En dépit de qualités évidentes (jump, vitesse, puissance, défense et un peu de shoot), je peux comprendre que ses défauts l'aient gardé à distance du parquet (sélection de tirs assez douteuse, une efficacité générale discutable, un profil d'arrière dans un corps de meneur,...). Par contre, ce n'est à mon avis pas un hasard si c'est aux Lakers qu'il est devenu un joueur qui compte. Caréné comme un cheval de course, Brown est apparu comme le parfait suppléant de Derek Fisher lorsque les Lakers avaient besoin de quelqu'un pour opposer une véritable résistance aux nombreux meneurs super athlétiques que la NBA égrène face à l'équipe championne tout au long de la saison. Mieux encore, son jeu offensif plutôt moulé pour le poste 2 convenait parfaitement au système californien qui utilise son meneur comme un arrière shooteur. Désormais les choses ont un petit changé pour lui puisque depuis l'arrivée de Steve Blake, l'arrière ne joue plus beaucoup au poste 1. Toutefois, le dunker des LAL a su capitaliser sur ses performances passées pour conserver son job de facteur X ainsi que son costume de défenseur/scoreur/energizer en sortie de banc toujours aussi précieux (9,9 pts en 18,8 minutes) qu'il étrenne donc aujourd'hui depuis le poste 2 derrière Bryant ou lorsque celui-ci est décalé en 3.

---Brown a parfaitement su plongé dans cette opportunité (et faire ce qu'il fallait pour conserver ses minutes: ouvrir au maximum les vannes de son énergie à chaque match, progresser au shoot) mais il répond parfaitement à la maxime "the right man at the right place, at the right moment", comme c'est d'ailleurs souvent le cas dans cette ligue. Il y a un paquet d'autres situations ou même de circonstances (si Vujacic avait confirmé ses playoffs 2008 par exemple) dans lesquelles il serait resté le joueur de bout de banc qu'il était avant d'arriver en Californie.

---C'est ce qui m'amène à faire le parallèle avec l'ancien Laker, Trevor Ariza. Comme Brown, Ariza est arrivé en NBA avec un sac plein de qualités (athlétiques notamment) contrebalancé par un autre bourré de défauts, et a été anonymement trimballé d'une franchise à l'autre (New York, Orlando) avant de trouver son salut à Los Angeles. Comme Brown, le rôle qu'on lui a confié sur les bords du Pacifique puisait largement dans ses qualités ("athleticism", défense puis shoot par la suite) et lui évitait de s'aventurer dans ses lacunes (capacité à tenir des responsabilités offensives, sélection de tirs,...). Et comme Brown, il y a brillé apportant une aide précieuse dans la conquête du titre 2009.

---Shannon Brown et Trevor Ariza sont ainsi tous les deux des "produits" du système Laker dans le sens où c'est le rôle qu'ils ont eu dans celui-ci qui leur a permis de tirer le maximum de leur potentiel, sublimé qu'ils étaient par ce cadre dans lequel leurs qualités étaient mises en valeur et leurs lacunes minimisées. Parti de L.A. pour brasser une gloire un peu plus personnelle et devenir au mieux le leader d'une franchise et au pire une troisième option, Ariza a débarqué à Houston avec cette ambition bien enfoncée dans son esprit. Un an après, il a été transféré à New Orleans sans causer beaucoup d'émois (indirectement échangé contre Courtney Lee). Sa cote n'est pas retombée aussi bas que ce qu'elle était lors de ses premières années dans la ligue mais elle est loin d'être au niveau de celle qui lui a lissé les poils au sortir de sa dernière campagne mauve et or. Hors du giron de Phil Jackson, Kobe Bryant, Pau Gasol et Lamar Odom, Ariza ne fait plus autant rêver.

---Je ne vois pas les choses être différentes pour Brown (et en cela il s'est montré plutôt clairvoyant en poursuivant son bail avec Los Angeles cet été alors qu'il aurait pu aller à New York ou ailleurs). Installé dans une équipe sérieusement candidate au titre où ses responsabilités sont ciblées et limitées, et où un mauvais match de sa part ne met pas en péril les chances de victoire de sa formation, l'ancien bobcat est précieux et même encensé en tant que facteur X d'une grosse cylindrée. Mais à mon sens, dans une autre équipe il ne serait qu'un Chris Douglas-Roberts ou un Brandon Rush (les highlights en plus peut-être). Ou encore un Tony Allen qui était un facteur X un peu dans le style de Brown (énergie, défense et quelques éclats offensifs ici et là) l'année dernière avec Boston avant de prendre la direction de Memphis et de quitter l'attention du spectateur lambda.

---Positive value.Mon objet ici n'est pas de dire que Shannon Brown est surestimé ou de rabaisser l'impact de sa contribution aux résultats de son équipe, seulement qu'à l'image d'Ariza il y a deux ans, son explosion est intrinsèquement lié aux Lakers et plus particulièrement à la façon dont ces derniers l'utilisent et imbrique son profil dans leur jeu. D'ailleurs, il s'agit peut-être là d'une des choses propres aux grandes équipes: savoir faire émerger les role players que l'équipe a besoin. De Steve Kerr lors de la dynastie chicagoanne à Eddie House lorsqu'il était à Boston, en passant par Kendrick Perkins ou encore Matt Bonner, tous ces joueurs ont et ont eu une valeur dans ces grandes équipes qu'ils n'auraient pas eu dans une autre moins bien bâtie ou bâtie différemment. Et inversement, toutes ces grosses cylindrées ne seraient pas ce qu'elles sont aujourd'hui ou ont été naguère sans la présence de ces soldats de première ligne. Brown et Ariza illustrent ainsi parfaitement la synergie (pour ne pas dire le " 1+1=3 ") que prodigue une bonne articulation entre les joueurs piliers et les joueurs de devoirs. Et comme la vie est parfois bien faîte, cette synergie rejaillit sur chacun et "élève" leur niveau de jeu comme c'est le cas pour Brown actuellement et comme cela ne l'est plus pour Ariza.

StillBallin

4 commentaires:

nbamind a dit…

Très bon article, très pertinent. Effectivement, il n'y a pas de doute que lorsque Brown va décider de se barrer l'an prochain (j'imagine), avec une côte augmentée, il va nous faire une Ariza.

StillBallin a dit…

Il peut en effet quitter LA cet été puisque l'année qu'il reste sur son contrat est optionnelle et c'est lui qui devra choisir ou non de la faire jouer.

Mais sa cote dépendra beaucoup de ce qu'il fera pendant les playoffs. Si il y fait des gros trucs, il croulera en effet sous les propositions. A suivre donc.

Anonyme a dit…

Très bon article. Avant la NBA, Shannon Brow avait été élu co-MVP du Jordan Brand Classic avec un certain LeBron James en 2003... Pas la même trajectoire depuis, mais il a réussi à choper deux bagues de champion et a participé au Slam Dunk Contest, comme quoi en restant fixé sur un objectif sportif (je déconne).

StillBallin a dit…

Bonne info. Il a d'ailleurs était classé troisième dans le classement des lycéens du site spécialiste Rivals.com, derrière James et Luol Deng et loin devant Chris paul (14ème), Aaron Brooks (34ème)et Paul Millsap (130ème).

C'est un bon exemple du joueur qui domine athlétiquement au lycée mais qui ne parvient pas à transposer cela au niveau supérieur (il a passé deux premières années difficiles en NCAA avant de clôturer la troisième avec beaucoup de brio et d'ensuite se présenter à la draft).