27 mai 2008

Special Guest - Korver présente "La théorie du Bad Boy"...

(Article proposé par un chroniqueur indépendant invité sur ce blog, Korver.)

La NBA est un drôle de cirque. D'un côté, David Stern. Moustachu repenti et inflexible, Stern veut faire de la NBA un spectacle familial pour pères de famille cadres moyens blancs catholiques : le Wasp Paradize à la place de ce qu'il considère depuis son arrivée comme un repère de gangsters violeurs d'enfants.

Sans que personne ne s'en offusque, ce demi-portion à la poigne de fer décide de créer un vide juridique absolu, sorte d'enclave déterritorialisée des Etats-Unis. Alors que n'importe quel nazillon pédophile peut créer sa secte sataniste au détour d'une rue sous couvert de la liberté d'expression, la NBA devient une sorte d'URSS sportive : Stern en idole stalinienne et une foule de bureaucrates pour a veiller à ce que la moindre personne qui l'ouvre sur quoi que ce soit se prenne une bonne amende carabinée dans la gueule.

Tout comme le Comité d'éthique de la Ligue 1, vraie boufonnerie pour flagorneurs, la NBA prohibe toute opinion déviante sur le bon fonctionnement de la Ligue : pas touche aux arbitres, quiconque met en doute une décision publiquement paye tout de suite cash. Par contre, on peut se bourrer de créatine en cachette et dépenser des millions sans aucune cohérence : en plus, c'est bibi qui ramasse dès qu'on dépasse le salary cap ... Il y a deux ans, l'oeuvre s'achève splendidement : maintenant c'est costard pour tout le monde et shorts au dessus du genou, sinon bah ouais des dollars pour Stern comme d'habitude. Une aberration juridique, preuve ultime que la justice sportive est peut être encore plus conne que la justice militaire, qui ne tiendrait pas deux minutes devant la Cour Suprême si quelqu'un osait poser le problème.

Vous comprenez, tous ces noirs habillés en gangster, ç'est pas très bon pour faire de la pub et ça fait peur aux bons pères de famille qui payent des places encore plus chères qu'un baril de pétrole. Parce qu'évidemment, les joueurs sont payés pour faire de la com et des relations publiques, pas pour jouer.
Ajoutons à ça, l'interdiction des handchecks en défense pour permettre aux arbitres de siffler quand ils le veulent à la tête du client.
Et puis tiens, on dégage les petits cons de 18 ans, qu'ils restent un peu au college, ça leur fera la peau. Comme Jermaine O'Neal l'a dit, un jeune américain de 18 ans peut donc aller crever en Irak mais pas jouer en NBA, ça fait tâche.

Problème : pour la com il faut du Paris Hilton version NBA, sinon le bon père de famille peut pas montrer à ses gosses que c'est quand même pas sérieux de jouer au basket et qu'il faut mieux faire banquier d'affaire. Ca tombe bien, la NBA est pleine d'adolescents attardés élevés aux dollars et aux louanges permantes capables de péter un plomb pour un regard de travers.

Tant qu'il y aura des abrutis comme Qyntel Woods pour organiser des combats de pitbull, tout ira bien. Et puis au cas où la source se tarisse, pas compliqué d'inventer.

Prenez un joueur, noir de préférence, jouant avec un peu d'intensité sur un terrain, avec plus de dix mots de vocabulaires et capable de dire autre chose que "Today i was not shooting the ball well but you know, you got to step up every time". Rasheed Wallace par exemple, un poil possédé, vrai passionné et grande gueule sur le terrain, c'est donc forcément : ingérable, mauvaise image pour la NBA, technique à la moindre parole de travers. Sauf que c'est plutôt esprit brillant, rien à signaler en dehors du terrain, gagneur et grand joueur d'équipe mais ça personne n'en parle, mieux vaut suivre la meute quand il est décrété qu'untel est un bad boy. C'est bien connu, gueuler sur un terrain ou faire une grosse faute, c'est à peu près l'équivalent d'un casier judiciaire de traffiquant de drogue proxénète et tueur à gages.
Si la basket était un jeu, ça se saurait, un joueur à caractère est donc forcémént un chieur en dehors. Au passage, Bruce Bowen peut bien mettre des coups bas tous les soirs, comme il joue aux Spurs ça compte pas. San Antonio, c'est bien.
D'ailleurs Stern rêve d'une NBA remplie de clônes sans personnalité de Tim Duncan, au moins ça serait un business sans risques.

Pareil pour O.J Mayo : pas encore en NBA mais déjà scruté par autant de caméras que pour un Superbowl depuis ses 15 ans, Mayo n'a pas intérêt à montrer la moindre faille sinon c'est tout de suite le drame. Bad boy malgré lui alors qu'il n'a jamais ouvert la bouche pour la ramener, OJ est un bon moyen pour des journalistes en panne d'inspiration de s'acheter un esprit critique. Individualiste, mauvais esprit, enfant gâté, tout a été dit sur son compte. Même pas un top 10 de la draft selon quelques scouts. Dans la réalité, c'est tout l'inverse : bosseur acharné toujours à l'entraînement avant les autres, gosse de 19 ans devant déjà prouver à chaque possession qu'il mérite tout l'attention qu'on lui a accordé et qu'il n'a même pas demandé, Mayo est en plus loin d'être con.

Après avoir commencé sa saison NCAA en disséquant les défenses tout seul, il a compris qu'il devait la jouer moins perso et a fait tous les ajustements nécessaires. Un bon gars quoi, à des miles de l'image que les marchands du temple alimentent sans autre raison qu'agiter les débats médiocres d'observateurs frustrés de n'être que des observateurs.

Pourtant, O.J Mayo, comme Rasheed Wallace, millionnaires ou pas, ne seront peut-être jamais des bons citoyens comme les autres. A part pour les fans locaux, n'importe quel bon Wasp les regardera toujours de travers dans la rue, surtout s'ils osent se sapper autrement qu'en costard. Encore une preuve qu'à vouloir faire du sport une tribune ou une campagne de com permanente, on n'obtient que de l'hypocrisie et de la mauvaise foi. En tout cas, un grand merci à David Stern pour sa jolie contribution au renouveau de la société américaine. Racisme, pacification des relations sociales, moral des jeunes, tout marche comme sur des roulettes, encore bravo.

Article de Korver.

2 commentaires:

Olivier a dit…

C'était pas Duncan qu'avait sorti un truc bien gangsta y a pas longtemps ? Du genre don't try fuck me with FIBA

Enfin j'ai pas les propos exacts mais ils s'étaient pris de la supspension pour ça

Dominique a dit…

Il faisait probablement référence à sa retraite internationnale, suite à l'arbitrage européen qui l'avait dégouté et frustré.

Duncan reste tout de même un mec qui fait pas de vagues, et probablement le meilleur de l'histoire à son poste...