---Le concept du All-Star Game est grandiose. Des héros des temps modernes sont appelés des quatre coins du pays pour s’affronter dans une sorte de match ultime, presque chimérique, où les ennemis de la saison régulière s’associent avec comme seule idée en tête de vaincre une autre légion de héros, elle aussi formant une alliance dictée par l’évènement, explosive et éphémère. Comme lorsqu’un gamin un peu rêveur imagine ses personnages préférés sortir de leurs bandes dessinées pour se mesurer les uns aux autres et enfin déterminer qui est le plus fort de tous, les franchise players quittent leur franchise et se retrouvent dans l’arène de l’un d’entre eux pour en découdre et régler une question aussi futile qu’indispensable : qui est le meilleur parmi les meilleurs ?


---Ici, tous ont dû abandonner leurs systèmes de jeu, leurs coachs, leurs coéquipiers, leur confort ; tous sont venus avec pour seul paquetage les qualités qui ont fait d’eux des All-Stars. C’est le talent face au talent, l’élite qui s’oppose à l’élite. Leur pedigree, leur réputation, leur palmarès, leur légende et leurs exploits, tout ça est confronté à la vérité du terrain.
---Et comme lors d’une bataille antique racontée par un poète de l’époque, seules 48 minutes sont ouvertes à la discussion, une seule fois dans toute l’année. Pas de seconde rencontre pour se rattraper, pas de faiblesses momentanées autorisées ; aux termes de ces brèves minutes, le perdant est trainé sur le sable jusqu’aux murs de la forteresse vainqueur. Un match sec pour donner une issue à un combat que les joueurs se livrent tout au long de leur carrière.
---Le All-Star Game, la saga épique d’un affrontement entre les plus grandes figures de la ligue.
---Sauf que la réalité est aussi éloignée de cette idée que le sont un conte transmis oralement à travers les décennies et sa version originale. La mise en scène, les effets spéciaux et les personnages sont là mais au final, le All-Star Game ressemble à un film à gros budget sans âme. Pourquoi ? Parce que l’affrontement annoncé et attendu s’est mué en un match amical des bonnes familles. Et ça, ça commence à devenir ennuyeux.
---La volonté de prouver sa valeur face aux meilleurs ? Disparus. La gloire de mettre à terre une escouade d’icônes de la ligue ? Envolée. Le sentiment de déshonneur après une défaite ? Balayé d’un revers de main nonchalant. Voir toutes les stars simultanément sur un seul parquet, c’est bien ; les voir se disputer farouchement les honneurs d’une victoire, c’est inimaginablement mieux.
---Que faire pour redonner la flamme à cet évènement ? Lui donner un enjeu bien saignant, peut-être. Certains ont avancé l’idée selon laquelle la conférence vainqueur du match des étoiles gagnerait du même coup l’avantage du terrain lors des Finales NBA. Pour sûr, les All-Stars attaqueraient ce match comme des enragés. Mais aussi intéressante soit-elle, cette idée me pose quelques problèmes. D’abord, l’enjeu est pour le coup peut-être trop important pour un évènement qui est d’abord une fête et où les sélections sont toujours un peu litigieuses (votes des fans, parfois sélection de quatre arrières et d’aucun meneur,…). Comment pourrait-on accepter qu’une équipe de la conférence perdante soit désavantagée du seul fait qu’une équipe All-Star est mal construite ? De même comment pourrait-on accepter que cette équipe finaliste soit frappée d’un handicap pour quelque chose dont elle ne serait pas elle-même responsable ?
---Non, j’imaginais quelque chose de plus symbolique, de moins matériel. Quelque chose qui toucherait l’orgueil de ces stars à l’égo aussi surdimensionné que leur talent, quelque chose qui mettrait à l’épreuve leur fierté et leur esprit de compétition.
---Décrochez vos yeux de cet article quelques secondes et imaginez le All-Star Game 2011 avec la sélection de la conférence Est et ses têtes d’affiches, Dwyane Wade, LeBron James, Dwight Howard d’un côté du terrain. Et en face d’eux, la sélection Ouest avec Kobe Bryant, Dirk Nowitzki, et Brandon Roy vêtu… d’un maillot entièrement blanc, sans rien d’autres que les numéros des joueurs. Pas de lettres WEST sur le torse, pas de logo, pas même de noms dans le dos. Un maillot sans insigne, sans valeur, que n’importe qui pourrait porter, n’importe où, à n’importe quel moment. Un vulgaire maillot d’entraînement comme ceux distribués à la va-vite avant une session de détection. Et qui serait à cet instant sur les épaules de Kobe Bryant et de Tim Duncan. Pourquoi cela ? Parce que l’honneur de revêtir l’uniforme de All-Star
---Je pense que si l’équipe vaincue lors du All-Star Game devait porter un « maillot de la défaite » lors de la confrontation suivante, toutes les stars se livreraient corps et âme pour éviter d’avoir à porter une marque de la défaite si visible et reconnaissable. Ou pour s’en défaire. L’enjeu n’est ici rien d’autre que symbolique, seule la fierté (et l’orgueil) des joueurs est mise en jeu. Pas d’argents, pas d’incidence sur le championnat, seulement l’honneur. Le caractère festif et amical du All-Star Game serait préservé, il s’agirait simplement de pimenter le match.
---Et puis dans une telle atmosphère, il ne m’étonnerait pas de voir de spectaculaires petits jeux d’orgueil éclore tout au long du match lui-même. Quoi de mieux qu’un bon cross-over bien tranchant suivit d’un panier facile pour montrer à son adversaire direct que le maillot blanc qu’on porte n’est qu’une erreur et qu’il va bientôt changer de propriétaire ? Et quoi de mieux qu’une réponse rageuse et du même acabit en retour ? A la différence d’un match de saison régulière ou de playoffs, les prises de risques seraient « libérées », car l’enjeu n’engage finalement que l’amour-propre des joueurs. Et même temps, elles ne seraient pas dénuées de leur substance comme c’est le cas dans les All-Star Games actuels. Prendre un risque ne possède un intérêt que lorsqu’il existe un enjeu, sinon c’est juste faire l’imbécile avec la balle.
---Je pense que dans ce sport où l’image est prépondérante et où l’égo tient une bonne place, jouer sur la corde sensible de l’orgueil aurait de quoi faire du All-Star Game un évènement à la fois intense et festif, que l’enjeu soit un « maillot du perdant » ou un autre artifice du même effet. Et si la sauce prend, peut-être qu’on pourrait enfin avoir le genre de match épique que nous inspire à tous l’idée d’un match opposant les plus grandes stars de la ligue. Il n’y a qu’à se remémorer Le All-Star Game de 2001 pour s’en faire une idée. Cette année-là, Allen Iverson et les siens prennent les 19 points de retard à l’entame du quatrième quart-temps pour un affront que leur esprit de compétition ne peut pas pardonner et ramèneront la sélection de l’Est à la hauteur de leurs rivaux. Les deux dernières minutes s'exprimeront mieux par elles-mêmes :
StillBallin




