24 décembre 2010

Orlando: les théoriciens du basket vont peut-être enfin avoir leur réponse

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---Depuis l'arrivée de Stan Van Gundy, l'équipe d'Orlando a été pensé autour d'un principe qui vient tout juste d'être poussé en touche: mettre aux côtés de Dwight Howard un ailier fort qui joue et score principalement loin de la raquette (derrière les 7,23 m plus exactement) afin de dissuader les défenses adverses d'effectuer des prises à deux sur le puissant pivot floridien sous peine d'être sanctionné d'un panier à trois points pris sans la moindre opposition du "power shooteur" susmentionné. C'est cette vision qui a motivé la franchise a engagé Rashard Lewis (à un coût exagéré, certes, mais ça c'est une autre histoire).

---Laissez-moi vous en donner une petite illustration. Trop puissant et athlétique, Dwight-O pouvait tranquillement broyer le pivot opposé dans une situation de défense en homme à homme et quand le coach adverse, malade de voir sa raquette se faire brutaliser ainsi n'en pouvait plus et décidait d'envoyer son deuxième intérieur et seul autre big man présent sur le terrain pour freiner le joyeux carnage auquel Howard se livrait avec son habituel sourire enfantin, c'était Lewis qui, dans sa position préférée (le plus loin possible de la peinture et sans personne pour contester ses tirs), continuait de rendre folle la bête déjà bien atteinte en lui administrant quelques unes de ses flèches assassines. L'objectif ici était évident: plonger les défenses dans ce dilemme cornélien, blinder la raquette ou marquer tous les shooteurs de près.

---Ça a plutôt bien fonctionné. Le Magic est devenue une grosse cylindrée après avoir traversé plusieurs saisons de vache maigre (jamais au-dessus des 49 % de victoires les quelques années avant l'arrivée de Lewis et de Van Gundy, jamais en dessous des 63 % après) et est même parvenu à atteindre les Finals en 2009. Cependant, et nonobstant le plus dommageable qu'il n'avait paru alors départ d'Hidayet Turkoglu, Orlando semblait ne pas être en mesure de faire plus que cette finale, voire même d'atteindre à nouveau ce stade de la compétition. Que la franchise floridienne était plus Patrick Ewing que Shaquille O'Neal ou Hakeem Olajuwon, en somme. C'est quand cette impression est devenue aussi acérée qu'une écharde dans la conscience des observateurs (et des fans du Magic?) que certains d'entre eux ont commencé à émettre l'idée d'abandonner l'utilisation d'un poste 4 qui s'écarte au profit d'un power forward plus classique, c'est-à-dire qui fait parler son talent et son physique à une plus grande proximité du panier.

---La stratégie avancée visait cette fois à soulager Howard d'une partie de l'attention physique qui pèse sur lui à chaque match en lui adjoignant un intérieur qui ne craint pas d'user ses muscles et ses centimètres dans les batailles sous les panneaux. Plus précisément, mettre un gars qui n'a pas peur de venir se mettre dans les pattes des intérieurs adverses afin de les empêcher de se jeter tous ensemble sur le D-12, histoire que celui-ci ne vide pas son énergie trop vite à tenir la raquette à lui tout seul, en attaque comme en défense. En mettant son corps au service de son équipe et de Dwight Howard (défendre dur sous le cercle, poser des écrans, tenir un des deux intérieurs opposés loin du panier, de la raquette ou du rebond,...), ce power forward est censé permettre à son franchise player de pivot de maintenir son impact tout au long du match et même pourquoi pas de le rendre plus tranchant.

---On peut considérer que cette configuration-là s'oppose ou du moins ne peut être que rarement conciliée avec celle qui a prévalu chez le Magic jusqu'à présent et que j'ai décrit en début d'article, puisque Rashard Lewis -comme souvent parmi les grands qui jouent à une distance respectable du cercle (Andrea Bargnani, Charlie Villanueva, Channing Frye, Dirk Nowitzki,...)- n'est pas du genre à donner son corps à la science comme l'exige la seconde théorie envisagée. Et pour ces observateurs, si la stratégie du power qui shoote de loin a amené la franchise dans le gratin de la ligue, celle du power qui jouent des muscles dans la peinture (qu'on appelle parfois "enforcer"), pourrait lui permettre d'avoir une vraie chance de prendre la couronne.

---Devinez quoi, ces observateurs vont pouvoir observer la mise en pratique de leur idée. Orlando vient en effet d'expédier leur power shooteur attitré au loin sans en récupérer un autre en retour (même si Turkoglu, revenu au bercail, peut éventuellement enfiler ce rôle mais honnêtement, je ne suis pas sûr qu'un Turkoglu en simple spot-up shooteur vaille un Rashard Lewis). Conséquence directe, Dwight Howard sera automatiquement associé au musculeux ailier fort Brandon Bass dont les partisans de la théorie de l'enforcer s'arrachait les cheveux à le voir demeurer sur le banc du Magic depuis qu'il a posé ses valises en Floride. Ainsi, la théorie passera l'épreuve de la pratique et on saura si cette stratégie peut effectivement faire de cette franchise une équipe sérieusement capable de prétendre voler dans les plumes des Lakers, grand favori pour le titre, ou en tout cas de savoir si cette stratégie est plus intéressante que celle du power shooteur, incarnée par Rashard Lewis. Rendez-vous en juin 2011 et 2012 donc.

---Mais je peux déjà vous donner un petit bout de ce futur: quelque soit la performance d'Orlando pendant les deux ou trois prochaines années, le débat ne sera pas tranché. Parce que rien n'étant jamais identique, l'expérience comparant le Magic version Rashard Lewis et le Magic version Brandon Bass est faussé. Les joueurs qu'il y a autour des deux postes discutés tout au long de ce papier ne sont pas les même (Mike Pietrus, importantissime en 2009 n'est plus là ; Hedo Turkoglu principal responsable de cette finale obtenue est à nouveau un membre de la formation floridienne mais aura-t-il le même rendement? Et comment quantifier les apports des nouveaux par rapport aux partants,...) tout comme les adversaires (même une équipe qui ne touche pas à son effectif est différente d'une saison à l'autre) et le contexte (blessures, diverses embrouilles,...). Que le Magic atteigne les finales, remporte le titre ou se fasse éliminer au premier tour des playoffs, les partisans de l'une ou l'autre des deux théories pourront toujours coller sous le nez de leurs adversaires de doctrines d'autres éléments que la stratégie employée pour expliquer le résultat de la franchise.

---Par contre, on aura de quoi observer en pratique la théorie du "power enforcer" dans une situation suffisamment semblable à celle où on a pu voir la théorie de "power shooteur" (c'est-à-dire avec Dwight Howard) et se forger une vraie opinion sur chacune d'elles. Donc à défaut d'avoir une vérité, on aura deux exemples concrets sur lesquels fonder la discussion.

StillBallin

19 décembre 2010

Al Horford et Joakim Noah, le rendez-vous manqué des copains d'avant

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---Les Bulls ne peuvent que se satisfaire de l'acquisition de Carlos Boozer. C'est le power forward offensif qu'ils cherchaient depuis longtemps et un joueur à qui Derrick Rose peut déléguer sans crainte une part des responsabilités offensives de la franchise. Il faudra attendre un peu avant de voir les réels effets de cette addition estivale depuis que l'ancien Jazz a raté le début de saison sur blessure, mais la décision de le faire venir est en elle-même difficilement critiquable.

---Et pourtant, j'aurais presque aimé que la franchise de l'Ilinois ne soit pas parvenue à lui mettre la main dessus ou sur tout autre ailier fort lourdement calibré qui étaient free agents cet été (Chris Bosh, Amare Stoudemire, David Lee). Parce qu'un an plus tard, Al Horford aurait à son tour été free agent et il aurait alors pu débarqué dans la cité d'Al Capone et Kanye West pour reformer avec Joakim Noah le duo intérieur de Florida qui avait marché sur la NCAA de 2005 à 2007 (deux fois champion universitaire coup sur coup). J'aurais été curieux de voir ce que ce frontcourt, dont on se rend compte aujourd'hui à quel point il était démesuré pour la ligue universitaire, aurait donné en NBA. A les voir évoluer actuellement (14 pts, 11,7 rebs pour Noah et 16,7 pts 9,7 rebs pour Horford), on se dit qu'un remake chicagoan de la raquette des Gators de Florida aurait pu tenir la tête d'affiche du box-office.

---Précieuse en attaque (un solide apport de points sans toucher et sans demander beaucoup la balle), c'est certainement en défense que cette paire revenue du passé aurait hanté les ambitions des adversaires. Car peut-être plus que les excellentes qualités athlétiques et techniques en la matière des deux gentlemen intimidateurs, c'est l'attitude générale de ce ticket qui aurait appuyé sur le match comme le pouce d'un enfant sur un morceau de pâte à modeler. Je gagerais en effet sans sourciller que cet alliage du feu (Noah) et de la glace (Horford) qui s'est forgé en renversant des montagnes lors des furieuses batailles universitaires (deux titres NCAA consécutifs, performance d'une grande rareté, dont le dernier avec une cible fumante derrière la nuque et dans les yeux des supporters adverses) aurait déployé une complicité et une solidarité défensives aussi finement et solidement tressées que problématiques pour ceux qui l'auraient eu en travers de leur chemin. Une telle raquette, dont les deux composantes sont également réputées pour mettre l'énergie qu'ils dépensent sans compter au service de la victoire n'aurait à mon avis pas eu grand chose à envier à ce que la ligue compte de meilleur dans le genre. Ce secteur intérieur associé à Derrick Rose et Luol Deng dans une talentueuse ossature ne dépassant pas les 25 ans, Chi-Town n'aurait plus eu que le ciel à dompter pour faire taire l'expression "sky is his limit" que les journalistes aurait accolé à son nom.

---Cela n'arrivera pas, les Bulls ont signé Carlos Boozer, meilleur attaquant qu'Horford mais moins bon défenseur, moins jeune et plus souvent blessé tandis que l'intérieur dominicain, lui, a prolongé son contrat avec les Hawks quelques mois plus tard. Horford aurait-il paraphé ce nouveau contrat si Chicago était revenu bredouille de sa pêche au power forward cet intersaison? Je serais plutôt enclin à penser que l'ancien Gator n'aurait pas été tout à fait insensible à la rutilante place aux côtés de Joakim Noah que cet été infructueux aurait laissé vide.

---Même si tout cela laisse un goût de rendez-vous manqué, Chicago a eu raison d'engager Boozer sans tenter d'attendre un an pour pouvoir courtiser Horford l'été suivant. Le simple fait qu'il existe une possibilité de se retrouver les mains vides à la fin de l'histoire était un trop grand risque et a logiquement convaincu la franchise de ne pas faire l'impasse sur l'ex-complice de Deron Williams. Boozer est un excellent joueur et vu comment la vie est faîte, les Bulls auraient sans doute payer cash le fait de s'être montrer trop gourmand. Mais quand même, j'aurais vraiment aimé voir le duo intérieur de Gainesville prendre vie à nouveau et sur la plus grande scène du basket.

StillBallin