17 juillet 2001

Analyse de la draft 2009: Les Timberwolves de Minnesota (suite)

-
[suite de la première partie]

---D’autres équipes, parfois fameuses, ont déjà joué avec deux meneurs. Le GM des Wolves David Kahn a cité Isiah Thomas et Joe Dumars (Detroit), Danny Ainge et Dennis Johnson (Boston), Jerry West et Gail Goodrich (Lakers) et Walt Frazier et Earl Monroe (New York), mais on a pu voir plus récemment Jason Kidd et Kevin Johnson à Phoenix en 1997, Jason Kidd et Juan José Barea à Dallas cette année ou encore Raymond Felton et DJ Augustin à Charlotte (et j’en ai certainement oublié). On peut aussi évoquer les formations évoluant avec un arrière shooteur qui a tendance à diriger partiellement le jeu comme c’est le cas des Lakers avec Kobe, de Portland avec Brandon Roy, de Miami avec Dywane Wade ou même Joe Johnson à Atlanta malgré la présence de Mike Bibby. En fait, il n’est pas rare de voir des équipes aligner deux meneurs sur certaines séquences. Cette configuration permet d’apporter de la vitesse, de la circulation de balle et surtout de la créativité.

---Si Flynn et Rubio sont parachutés ensemble sur le terrain, je ne pense pas que l’un d’eux prendra le rôle de shooting guard (je ne suis pas sûr que l’un ou l’autre en soit capable et puis ce serait se priver d’une grande partie du talent de l’un d’eux), mais plutôt que la franchise évoluera vraiment avec deux meneurs sur le parquet. Rubio et Flynn sont assez différent l’un de l’autre, le premier est un vrai playmaker tandis que le second est plus un scoreur. Donc s’ils parviennent à trouver une complicité, à se partager judicieusement la balle et à déployer tout leur talent sans se brider mutuellement (ce qui n’est pas une mince affaire), Minnesota se retrouvera avec l’un des backcourts les plus créatifs, imprévisibles et dangereux de la ligue.

---Imaginez-ça, une boule d’énergie capable de planter un panier de n’importe où sans prévenir personne associée à un passeur exceptionnel qui a le don de rendre les choses plus faciles pour ses coéquipiers. Et puis, si Rubio est un chef d’orchestre, Flynn est un meneur d’hommes hors pair qui insuffle des émotions conquérantes à son équipe comme un souffleur de verre donne forme à la matière en fusion. Une traction arrière Flynn-Rubio, c’est l’inconcevable et mythique association du feu et de la glace.

---Mais les scientifiques en herbe savent que les propriétés de ces deux éléments ne sont pas complémentaires et ne se cumulent pas pour donner une sorte d’arme ultime sortie tout droit des histoires racontés pendant les cours de récré. Au contact du feu, la glace fond. Flynn et Rubio ayant tous les deux besoins du ballon pour s’exprimer, seront-ils capable de se le partager de sorte à ce que chacun d’eux puisse marquer le match de tout leur talent ? Peut-on demander à des joueurs aussi jeunes et inexpérimentés de trouver un tel équilibre ? Une telle complicité peut peut-être se trouver chez des joueurs qui jouent ensemble depuis l’enfance mais beaucoup plus difficilement dans le contexte professionnel et sur une durée aussi courte. A fortiori lorsqu’il s’agit de deux joueurs d’une culture totalement différente qui ne partagent pas la même langue maternelle. Et puis, il y a toujours une grande chance que ces deux joueurs parviennent à jouer à ensemble qu’au prix de voir l’un d’eux, ou même les deux, être dans l’impossibilité de donner la pleine mesure de son talent. Si Minnesota a choisi deux meneurs, c’est parce tous deux avaient trop de talents à leurs yeux pour laisser passer l’occasion de leur mettre la main dessus. Mais si ne serait-ce que l’un deux n’est pas en mesure d’en faire un usage total, où est l’intérêt de ce choix ?

---Du côté défensif, les nuages sont encore plus lourds et plus foncés. Quelque soit celui des deux point guards qui aura la charge de défendre sur l’arrière shooteur adverse, il aura des difficultés. Même Ricky Rubio qui est un excellent défenseur et qui atteint presque la taille d’un arrière (1,92 m). En effet, le meneur de la Joventut est surtout habitué à coller aux basques de joueurs qui tiennent la balle et pas vraiment à mettre à cage des lévriers en quête de positions ouvertes comme Richard Hamilton ou n’importe quel autre énergumène de ce genre. Ensuite, il aura forcément un déficit de puissance et même parfois de qualités athlétiques. De plus, à l’heure où on voit beaucoup d’arrières capable de jouer en 3 sans éprouver la moindre difficulté, qu’en sera-t-il lorsqu’un de ces spécimens pas vraiment rares se retrouvera face à un Ricky Rubio ? Jonny Flynn n’étant déjà pas un grand défenseur à son poste naturel et culminant à seulement 1,83 mètre, il n’est même pas la peine de l’imaginer tenir plus de deux minutes en défense sur le poste 2 sans en prendre plein la tronche.

---Ainsi, la traction arrière des Wolves sera forcément en situation de désavantage. Pire encore, les excellentes qualités défensives de Rubio seront réduites à l’insignifiance à cause de son repositionnement forcé. Résultat, la paire arrière accuse d’ors et déjà un gros problème défensif. Sachant que les deux autres joueurs clefs de la franchise des bois, Al Jefferson et Kevin Love, ne sont pas des foudres de ce côté-là, Minnesota trouvent intrinsèquement des liens de parenté avec une passoire.

---Ça commence à faire beaucoup de problèmes, qu’ils soient potentiels ou déjà quasiment effectifs. La traction arrière de feu et de glace est une belle idée mais elle déborde les frontières même du fantasme. Si ça marche, il faudra peut-être crier au génie mais sinon, il semblerait bien que les Wolves aient flingué le superbe move qui leur a permis d’avoir deux bons picks d’affilé.

---Je me demande si la franchise aurait effectué les mêmes choix si elle avait eu un entraîneur en poste au moment de la draft. C’est lui et non le GM qui aura la tâche de faire jouer cette équipe. Je pense pouvoir affirmer sans prendre beaucoup de risques que si coach il y aurait eu, celui-ci aurait mis son veto à l’éventualité de sélectionner Rubio et Flynn. Minnesota n’a toujours pas trouvé preneur pour ce job et cela n’est pas vraiment une surprise car c’est le futur coach qui aura la responsabilité de faire tourner cette équipe de traviole. Aussi impossible que soit cette mission, c’est sa tête qui sautera lorsque les Timberwolves n’auront toujours pas décollé du fond du classement.

---Après cet épisode, Minny avait encore deux choix à réaliser (à commettre devrais-je peut-être dire) dans ce premier tour. Lorsque David Stern a prononcé le nom de Ty Lawson, meneur de North Carolina, en 18ème position, je crois bien que tout le monde dans la salle s’est demandé s’il y avait vraiment quelque chose qui allait pas dans le ciboulot des dirigeants de la franchise du Minnesota et s’il ne fallait pas sérieusement s’en inquiéter. Heureusement, le trade de Lawson à Denver contre un futur choix de draft a été rapidement annoncé, calmant aussitôt les inquiétudes nées de la crainte que le mal inconnu qui s’était emparé de l’esprit du staff des Wolves se trouvait peut-être aussi dans la salle de la draft ceremony.

---Ce move semble plutôt intéressant. Minnesota ne va pas recevoir le first round pick de Denver mais celui des Bobcats de Charlotte que les Nuggets avaient récupéré en échange du 20ème choix de la draft 2008 (La franchise de Boris Diaw avait alors sélectionné Alexis Ajinça). Or, même si les Cats continuent sur leur sympathique lancé lors du prochain exercice, ils accrocheront aux mieux les derniers wagons des play-offs (selon les prévisions) et seront donc positionnés quelque part aux entre la 15ème et la 18ème place de la draft 2010 (et plutôt vers la 15ème que la 18ème car la conférence Est étant plus faible que son homologue de l’Ouest, le bilan des dernières équipes de play-offs de l’Est est en général moins bon et donc leur position lors de la draft est plus haute). Par contre, il me semble que si les Bobcats trébuchent et se retrouvent avec un lottery pick (choix soumis à la loterie de la draft qui ne concerne que les équipes absentes des play-offs), ils conserveront leur choix et le pick envoyé à Minnesota sera reporté à la draft suivante.

---Ainsi, Minnesota a échangé un 18ème choix 2009 contre un choix de la draft 2010 qui devrait tomber un peu plus haut que cette dix-huitième place, et dans une cuvé supposée de meilleure qualité. Les Wolves semblent ainsi gagnant toutefois, ce trade comprend une certaine part de risque. On ne peut jamais prévoir ce qui va se passer l’an prochain, du futur classement de Charlotte aux joueurs qui seront disponibles à ce stade de la draft 2010, et il n’est pas exclu que cette transaction occasionne quelques regrets.

---L’adage « un tiens vaut deux tu l’auras » trouve parfaitement à s’appliquer ici, bien qu’il ne tranche pas entre les deux options (puisqu’un « tiens » est égal à deux « tu l’auras »). Il y avait pas mal de joueurs de valeur qui étaient disponibles comme Sam Young, Chase Budinger (j’aurais dit Darren Collison en accord avec ma mock draft mais ce n’est pas le moment de s’intéresser à un autre point guard). Un de ces deux joueurs aurait rempli certains trous béants de l’effectif (surtout quand on a sélectionné deux meneurs en guise de joueurs majeurs quelques minutes avant).

---Et puis l’addition de role players de qualité est souvent appréciable dans le processus de reconstruction d’une équipe pour fournir des « soldats » efficaces et dévoués aux joueurs clefs à partir desquels la franchise débute son renouveau. D’ailleurs, plus tôt une vraie équipe est formée (joueurs clefs + role players), plus vite elle peut être compétitive et progresser. Le temps ainsi gagné n’est pas négligeable car il permet d’acquérir certains acquis souvent déterminants mais long à forger (vécu collectif, automatismes), ou de voir assez tôt les ajustements à faire.

---J’ajouterais aussi que si le plan des Wolves était vraiment de jouer avec deux purs meneurs aux côtés d’Al Jefferson et Kevin Love, il aurait été plutôt intelligent de greffer une multitude de role players à vocation défensive à ce très talentueux quatuor afin de compenser au maximum les faiblesses défensives intrinsèques et presque irrémédiables de celui-ci.

---Difficile de juger du bien fondé de l’utilisation de ce 18ème choix ou seulement de savoir si Minny en sortira gagnant. Par contre, le choix de Wayne Ellington (voir profil au 19th pick, Atlanta) ne souffre d’aucune réelle contestation (et a continué de rassurer le monde de la balle orange quand à la santé mentale des dirigeants nordistes). Il était temps que la franchise cherche à s’attacher un vrai shooting guard, poste laissé orphelin par Randy Foye. Je ne peux qu’approuver ce choix puisque j’en avais fait le mien lors de la mock draft sur le 28ème choix de Sota, même si les choix précédents changent un peu la donne.

---J’évoquais rapidement l’intérêt d’avoir des shooteurs (notamment ceux qui sont très bons dans le jeu sans ballon) sur le parquet lorsqu’on possède deux intérieurs dominants offensivement (principalement Al Jefferson mais on peut aussi penser à Kevin Love). Un scoreur à distance permet d’éviter que les défenses ne s’agglutinent dans la raquette pour menotter les deux grands (parce que sinon, c’est trois points dans la musette) et ainsi que ces derniers puissent faire parler leur talent sans trop être embourbés.

---J’expliquais aussi que « la franchise des bois pourrait tirer un certain bénéfice d’avoir dans ses rangs un joueur qui a l’habitude de gagner (en clair, un gars qui sait à peu près quoi faire dans les moments où mettre un panier est important) » et qui a aussi l’habitude d’être une option secondaire derrière d’autres joueurs plus forts comme c’était le cas à North Carolina et comme ça le sera dans le Minnesota. Par contre, sa défense un peu suspecte ne fera rien pour aider les jeunes loups de ce côté du terrain. Mais en même temps, le résultat aurait été pas vraiment différent si il en avait été autrement. Ajouter deux grains de sel dans un grand verre d’eau n’en fait pas un verre d’eau salé.

---Par la suite, les Wolves ont sélectionné Nick Calathes au second tour mais j’ai été un peu déçu de voir qu’ils l’ont immédiatement envoyé à Dallas contre de l’argent et un futur second tour de draft. Il est vrai que la question des meneurs est rapidement devenue épineuse pour cette franchise après leur trois premiers choix mais je pense qu’il est toujours intéressant d’avoir un bon meneur en réserve. L’ancien leader des Gators de Florida était calibré pour le premier tour et il aurait pu faire un excellent back-up à n’importe qui. De plus, Calathes part en stage en Grèce et cela aurait laissé le temps à la franchise de gérer son problème de meneurs, sachant qu’il aurait pu faire partie de la solution (même en transférant l’un de ses deux lottery pick points guards, Minnesota aurait toujours un poste 1 solide avec celui qui reste et Calathes en remplaçant).

---Les Timberwolves ont utilisé leur autre choix du second tour pour l’intérieur hollandais de la Joventut Badalona, Henk Norel (2,11 m, bientôt 22 ans). Celui-ci n’a qu’une seule véritable année professionnelle à son actif durant laquelle il a dû se contenter de donner des coups de main sur quelques minutes. Il a attiré l’attention des scouts par sa taille, sa mobilité, ses bonnes mains et surtout par son énergique activité. Encore inexpérimenté et frêle, il devra confirmer ses bonnes dispositions l’an prochain et peut-être même pendant un peu plus longtemps avant d’espérer rejoindre la ligue américaine. Norel semble pouvoir devenir un role player de qualité dans un costume de « glue-guy » débordant d’énergie, même si son potentiel pourrait l’amener plus loin. Décision plutôt pertinente de la part de Minnesota (enfin, les choix pertinents, c’était plus important de les faire avant) car la franchise américaine ne fait que poser une option sur ce joueur pour le cas où celui-ci atteindrait un niveau susceptible d’attirer les convoitises. Un investissement peu coûteux et potentiellement rentable.

---La draft 2010 était un évènement décisif dans le presque perpétuel processus de reconstruction des Timberwolves et la franchise en est sorti avec un talentueux mais improbable cinq majeur composé de deux ailiers forts (Jefferson et Love), de deux meneurs et pas grand-chose autour. Certaines franchises restent empêtrées dans les bas-fonds de la ligue et on sait pourquoi. Toutefois, Minnesota a la matière pour faire quelques transferts bien sentis au point peut-être même de rendre judicieuse la sélection de Ricky Rubio et Jonny Flynn. Comme toujours dans le Minnesota semble-t-il, il y a du pain sur la planche.


StillBallin

11 juillet 2001

Analyse de la draft 2009: Les Kings de Sacramento (suite)

-
[suite de la première partie]

---Tyreke Evans a le potentiel pour être un des meilleurs joueurs de la ligue mais cela nécessitera de forts ajustements pour que son talent puisse s’exprimer en même temps que le collectif. D’ailleurs, il est dommage que le jeune point guard ait atterrit dans une équipe qui ne compte aucun meneur respecté et gavé d’expérience dans son effectif. Un tel joueur aurait certainement facilité l’évolution d’Evans (Il y a de fortes chances que Chauncey Billups n’aurait jamais été le joueur qu’il est aujourd’hui s’il n’avait pas croisé la route de Terrell Brandon à Minnesota) et aurait pris pour lui quelques responsabilités de jeu pour faire en sorte que les défauts du rookie ne pèse pas trop sur le collectif des Kings, et qu’ainsi la formation puisse œuvrer d’une façon saine et productive, bien plus propice à son développement et à celui des autres joueurs prometteurs de la franchise.

---Une grande partie de l’avenir des Kings dépendra de la façon dont Tyreke Evans évoluera. Bien sûr, le joueur mais aussi l’ensemble du staff technique auront leur part de responsabilité dans la suite des évènements. Heureusement, la franchise a du temps devant elle et de la place dans son roster pour continuer son entreprise de reconstruction.
-
---Omri Casspi (voir profil au 27th pick, Memphis), sélectionné en n°23 sera peut-être un des éléments qui comptent dans les projets d’avenir de la capitale californienne. Cet ailier agressif et énergique est pétri de talent et son profil d’energizer-scoreur pourrait rendre de grand service à n’importe quelle franchise. Ce qui est peut-être le plus appréciable, c’est l’utilité que peut avoir ce joueur dans le jeu d’équipe. En effet, son jeu tout en opportunisme et en efficacité s’inscrit impeccablement dans un jeu collectif et l’israélien devrait faire valoir son utilité en étant présent en bout de chaîne pour offrir des solutions et terminer proprement les actions.

---Néanmoins, on peut peut-être se demander si s’attacher un combo forward est pertinent quand on compte Andrès Nocioni ou Donte Greene (qui n’a encore rien prouvé c’est vrai, malgré un talent certain) parmi ses employés. Mais le Joker du Maccabi Tel-Aviv a impressionné pas mal de monde semble-t-il, et Sac-Town a peut-être eu raison en l’agrippant (sachant que ça ne leur a coûté que leur deuxième choix de draft, lequel tombe dans le dernier tiers du premier tour). Il y a parfois des moments où il vaut mieux choisir un joueur en fonction du talent qu’en fonction des besoins. D’autres joueurs peut-être plus forts étaient disponible mais ce choix ressemble un peu à un coup de cœur de la part des dirigeants de Sacramento et l’avenir nous dira si c’était une bonne décision ou pas.

---Par contre, il se pourrait que Casspi ne soit pas encore prêt pour la grande ligue dès octobre prochain. Le Kings vont jauger son niveau pendant toute la pré-saison pour savoir si ils doivent l’intégrer à l’effectif dès maintenant ou le laisser mûrir en Europe encore un peu.

---J’aime assez le choix du second tour, même si avec les joueurs réputés qui de façon surprenante se sont retrouvés au second tour, la franchise aurait pu s’attirer un plus gros talent. Jon Brockman (Washington, 22 ans) est un intérieur de petite taille (2,01 m) mais très puissant, plutôt rusé et doté de bonnes mains. Il vaut surtout par son énorme capacité à prendre des rebonds (11,5 rebonds par match) et à l’énergie qu’il déploie à chaque instant. Pas vraiment athlétique, manquant un peu de vitesse et inefficace lorsqu'il s'écarte un peu du panier, il ne devrait pas faire beaucoup plus en NBA.

---Toutefois, il pourrait s'avérer très précieux en tant que role player et apporter l'énergie, la dureté et l'impact physique intérieur qu'il manque un peu au duo Hawes-Thompson. Et puis, bonus spécial, Brockman a déjà évolué aux côtés de Hawes à Washington (plutôt intelligent de la part des dirigeants). L’ancien intérieur des Huskies de Washington devrait pouvoir s’imposer dans la rotation comme l’homme des basses besognes de la raquette, celui qu’on appelle quand on a besoin de quelqu'un pour mettre quelques bourre-pifs et faire de la raquette un endroit hostile. Et cela ne sera pas négligeable aux côtés des deux jeunes et tendres intérieurs que sont Spencer Hawes et Jason Thompson.

---Il faut aussi noter que Jon Brockman est arrivé en compagnie de l’ancien grand espoir espagnol, Sergio Rodriguez, puisque la franchise à fait l’acquisition de ces deux joueurs en échange de leur 31ème choix de draft (Jeff Pendergraph), envoyé à Portland. Pendergraph n’étant pas vraiment plus impressionnant que Brockman, cet échange n’est pas inintéressant (sans être vraiment déterminant non plus) et il permet avec Rodriguez de donner de la profondeur sur le faiblard poste 1 en plus de renforcer le secteur intérieur avec Brockman.

---Ce qu’on peut apprécier dans le choix de ces trois prospects, c’est que tout les trois sont des joueurs de caractères qui devraient amener un peu de dureté mentale (et peut-être même physique avec le costaud Brockman et le puissant Tyreke Evans) à un effectif dont on a pu juger l’attitude un peu trop éthérée. L’assurance d’Evans, l’agressivité de Casspi et la dureté de Brockman sont autant de qualités mentales qui devraient teindre l’attitude générale des Kings d’une meilleure couleur et remodeler leur comportement de façon plus adéquat à la compétition.

---Lorsque les Kings avaient sélectionné Jason Thompson en douzième position de la draft 2008, non pas sans provoquer un certain étonnement, j’avais évoqué le talent dont les dirigeants de la franchise avaient fait preuve en matière de draft par le passé (Kevin Martin, Spencer Hawes, Francisco Garcia) pour expliquer qu’il ne fallait pas juger trop vite ce choix surprenant. Ils avaient fait honneur à ces paroles puisque Thompson a surpassé les attentes qui l’entouraient. Alors pourquoi n’en serait-il pas de même pour cette année avec Evans, Casspi et Brockman ?

StillBallin

08 juillet 2001

Analyse de la draft 2009: Le Thunder d'Oklahoma City (suite)

-
[suite de la première partie]

---D’ailleurs, la sélection du shooting guard d’Arizona State fait mécaniquement de Westbrook le meneur titulaire définitif d’OKC. L’ancien combo guard d’UCLA a montré de belles choses l’an passé même si sa marge de progression est encore longue à parcourir, mais on peut peut-être se demander si il est raisonnable de confier les clefs du jeu d’Oklahoma City pour les prochaines années à venir à un joueur qui n’est pas un playmaker et qui accuse encore beaucoup de défauts (pourcentage, pertes de balle, prise de décision, un peu hors de contrôle). Westbrook a-t-il l’étoffe pour conduire cette cylindré taillée pour le titre qu’essaie de construire Sam Presti (question qui m’aurait peut-être fait pencher pour Rubio) ? L’électrique meneur a montré suffisamment de promesses pour mériter qu’on lui fasse confiance mais il faudra malgré tout garder un œil sur son évolution et faire en sorte qu’il ne devienne pas le maillon faible de la fabuleuse équipe d’Oklahoma City qui commence à se dessiner à l’horizon.

---Je pense sincèrement que Ricky Rubio aurait été un meilleur choix car il aurait pu élever le jeu du Thunder et de ses éléments (Durant, Green) à un tout autre niveau que ne le pourra jamais l’arrière sorti d’Arizona State. Toutefois et comme je l’ai dit pour Memphis, l’ancienne franchise de Seattle commence tout juste à se relever et à faire naître un début de scintillement dans les yeux de ses supporters. Il aurait donc peut-être été dommage de prendre le risque de malmener ces espoirs à peine éclos en tentant le pari Rubio et tout ce que cela aurait pu impliquer (voir premier paragraphe). De plus, lorsque la solution de repli s’appelle James Harden, il n’y a pas forcément beaucoup de regrets à avoir à jouer la prudence.

---Et puis en termes de pari, le Thunder s’est bien rattrapé par la suite en sélectionnant BJ Mullens. D’ailleurs, c’est au moment où on se dit que la franchise en a soupé des jeunes pivots prospects (Johan Petro, Saer Sene, Robert Swift) qu’elle décide d’en recruter un nouveau. Il est vrai que le Thunder affiche une cinglante faiblesse dans le secteur intérieur, que le potentiel de Mullens est proprement gigantesque et que la franchise n’a mis en gage qu’un choix secondaire et peu décisif du premier tour (le 25ème), cependant, je doute de la pertinence de ce choix.

---Sans revenir sur les échecs passés de la franchise en matière de jeunes pivots et des doutes qui existent quand à la capacité de BJ Mullens à matérialiser son potentiel, la venue d’un pivot à vocation uniquement offensive me paraît maladroite. OKC tirerait un grand profit d’avoir quelqu’un capable de scorer sous les panneaux (même si dans le cas du freshman d’Ohio State, il faudra lui servir ces paniers sur un plateau) car cela permettrait d’équilibrer l’attaque plutôt extérieure de l’équipe et ainsi de compliquer grandement la tâche des défenseurs adverses.

---Mais si il y a une chose à laquelle les dirigeants doivent commencer à penser c’est à la défense. Le jeune et prometteur noyau de la franchise (Durant, Green, Westbrook et maintenant Harden) fait étalage de son talent principalement en attaque et les deux grands qui le composent (Green et Durant) sont plus à l'aise à la périphérie et souffrent quand il s'agit de défendre sous les panneaux (ou tout simplement de faire face à des joueurs plus physiques). Il ne manque qu'un pivot pour compléter ce cinq majeur d'avenir et l'ambition de construire une équipe performante voudrait que la pièce manquante soit un centre à vocation défensive capable de gêner considérablement l'attaque adverse. Le poste de pivot est décisif de ce côté du terrain (sinon il n’y aurait jamais eu autant d’engouement autour d’Hasheem Thabeet) et même primordial pour ne serait-ce qu’éviter les paniers faciles enfilées dans la peinture ou offrir un début de résistance aux offensives des opposants.

---Or, il est difficile d’imaginer BJ Mullens dans ce rôle. Très faible en défense et pas fameux aux rebonds, faire de lui le pivot titulaire du futur, c’est se priver d’une assise défensive intérieure que le reste des joueurs clefs ne peuvent pas apporter. Il est vrai que le jeune centre a les aptitudes physiques pour devenir un défenseur de bon calibre et donc dans l’absolu, son potentiel de patron des raquettes existe mais parier sur une progression d’une telle envergure (Mullens part de très, très loin) est peut-être un peu fantaisiste. D’ailleurs, Mullens n’est pas sans rappeler Johan Petro et ce dernier qui évoluait dans cette même franchise pendant les trois premières années de sa carrière NBA, n’a jamais pu tenir les promesses de son potentiel, et encore moins montrer des signes de progression en défense.

---Toutefois, je dois reconnaître que le nouveau pivot du Thunder est le joueur idéal pour profiter des pénétrations-passes de Westbrook et Harden, et peut-être même des espaces dans la raquettes que Kevin Durant et Jeff Green provoquent en jouant loin du panier. Bien utilisé, il ne serait pas étonnant que Mullens dépasse tranquillement la dizaine de points. Ces paniers dans la raquette ne seront pas négligeables tant OKC est une équipe qui s’exprime à la périphérie mais c’est vraiment du côté défensif que les inquiétudes subsistent. Et j’ai du mal à croire qu’un dirigeant issu de San Antonio comme Sam Presti puisse dédaigner l’importance de cet élément dans la perspective d’un succès futur. Remarque, un jeune et athlétique pivot qui dépasse les dix points de moyenne pour son année rookie, ça fait une bien belle monnaie d’échange…

---On peut aussi penser que Mullens ne parviendra pas à aller beaucoup plus loin dans son potentiel et il pourrait ainsi trouver une utilité intéressante en tant que role player offensif qui apporte quelques points dans la peinture de temps à autre. Un role player de ce type n’est pas forcément très fréquent et peut s’avérer assez précieux, notamment pour une équipe qui s’appuie beaucoup sur le jeu extérieur. Et puis un role player correspond plutôt bien avec ce qu’on peut avoir avec un 25ème choix de draft, donc même si Mullens se présente comme tel, il n’y aura pas de regrets à avoir (surtout si le joueur en question est susceptible de devenir plus que ça).

---Le choix Mullens n’est pas forcément le meilleur mais il est loin d’être mauvais. Seulement, beaucoup de choses dépendront plutôt de ce qui va se passer par la suite entre le grand dadais et la franchise dégingandée. Quand à l’acquisition de Robert Vaden (1,93 m, 24 ans) contre du cash (sélectionné en 54ème position par les Bobcats), elle peut s’avérer utile pour peu que celui-ci réussisse à se faire une place dans la ligue. L’arrière shooteur d’University of Alabama-Birmingham est un très fort shooteur à trois points doté d’un excellent jeu sans ballon qui lui permet de trouver beaucoup de positions ouvertes. Si il parvient à transposer ses qualités en NBA, il pourrait s’avérer très utile dans un rôle d’allumeur de mèches à distance en sortie de banc. Un joueur comme ça peut-être précieux quand une équipe a besoin de quelqu’un pour débloquer quelques situations, jouer les pompiers de service ou tout simplement en décocher quelques douloureuses flèches de temps en temps.

---A l’heure de faire les comptes, Oklahoma City est sorti véritablement renforcée de cette draft. Un comportement à la fois prudent et pertinent qui est le bienvenue dans cette période toujours délicate de reconstruction, surtout quand il s’agit d’ajouter des pièces à d’autres déjà existantes. Les faiblesses majeures du Thunder ne sont pas comblées (ou du moins pas encore), à savoir le secteur intérieur, la défense et le fond de jeu mais la franchise a encore du temps devant elle pour s’en occuper. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est bien partie pour déposer les cancres de la ligue (Clippers, Timberwolves, Memphis,…) et rejoindre Portland dans le rayon des promesses.

StillBallin

05 juillet 2001

Analyse de la draft 2009: Les Grizzlies de Memphis (suite)

-
[suite de la première partie]


---En effet, un tel joueur (ou en tous cas celui qu’on espère qu’il sera) peut à lui seul faire monter le niveau défensif de sa formation de plusieurs crans sans avoir à modifier les acquis plutôt offensifs des Grizzlies (OJ Mayo et Rudy Gay). Je décrivais déjà l’immense impact collectif que peut avoir un pivot intimidateur comme Thabeet lorsque j’évoquais l’intérêt de le voir sous les couleurs d’Oklahoma City :

---Un tel joueur constituerait une muraille défensive à lui tout seul et règlerait par sa seule présence une grande partie des problèmes de l’équipe de ce côtés du terrain (une force défensive intérieure perturbe l’ensemble de l’équipe adverse), sans avoir à effectuer des ajustements dans l’effectif et donc sans prendre le risque de perturber l’équilibre offensif actuel qui est plutôt performant. C’est d’ailleurs plus que cela parce qu’une telle force défensive permet de rendre plus saillante la puissance de feu d’une équipe. En effet, chaque panier marqué est susceptible d’être rendu vain par un panier encaissé. Par conséquent une grosse capacité défensive permet d’éviter que chaque panier marqué soit systématiquement rendu nul par un panier encaissé (et si les lois mathématiques sont toujours d’actualité, ça fait que l’équipe en question est devant son adversaire au score). Et puis second effet d’une puissante force défensive intérieure, elle implique un fort potentiel de contre-attaques (et donc de paniers faciles).

---Ce qui était valable pour le Thunder l’est aussi plus ou moins pour Memphis. En attaque, même si il a un pied gauche à chaque doigt, un joueur de sa taille et aussi mobile n’est jamais bon à laissez sans surveillance. Délaissé par les défenses et bien servi, le long pivot pourrait apporter de précieux points sous les panneaux à un fort taux de réussite. Avec le meneur Mike Conley qui a déjà eu l’occasion de développer quelques réflexes pour servir ce type de gaillard puisqu’il a joué aux côtés de Greg Oden dans sa belle année universitaire, et OJ Mayo qui est capable de créer pour lui-même ou pour les autres en attirant les défenses à lui, il se pourrait que le Tanzanien reçoive son lot de bons ballons qu’il n’aura plus qu’à déposer dans le cercle.

---Par conséquent, les défenses devront chercher à repousser Thabeet le plus loin possible des panneaux (ce qui n’est pas forcément le plus dur vu son manque de puissance physique)…et donc ouvrir des espaces dans la raquette. Mayo, Gay, Gasol et Conley sont de gentils gars, mais ils ne devraient pas avoir de scrupules à en profiter.

---Côté pile, Thabeet peut fortement peser sur l’ensemble d’un match grâce à son potentiel défensif et à son physique sans équivalent. Mais, le côté face de la pièce Tanzanienne est peut-être trop inquiétant pour jouer une partie de roulette russe à pile ou face.

---En effet, il n’y a aucune certitude quand à la capacité du pivot à avoir un vrai impact défensif en NBA. Avec sa morphologie à passer derrière les affiches, Thabeet se fait facilement bousculer et donc, à quoi bon contrôler l'espace aérien (contres, perturbation de la trajectoire des tirs adverses), si c’est pour se faire enfoncer au poste bas par son adversaire direct (petit rappel des intérieurs de la ligue : Shaq, Dwight Howard, Andrew Bynum, Andrew Bogut, Néné, Kendrick Perkins, Amare Stoudemire, Elton Brand, Chris Kaman, Greg Oden,…) ? Auriez-vous confiance en un pivot défensif qui serait incapable de s’opposer au petit power Carlos Boozer ou au puissant et peu agile Erick Dampier dont les mains ont été rabotées il y a longtemps ? Je n’imaginerais même pas ce qu’il pourrait faire face à Ron Artest.

---Sa faiblesse technique offensive, son incapacité à prendre position et sa passivité intermittente finissent d’en faire le portrait type de la prochaine victime de la malédiction des second picks. Si c’est le cas, Memphis pourra toujours compter sur Marc Gasol. Mais comment les fans Grizzlies qui commençaient à sentir l’espoir renaître depuis l’explosion de Rudy Gay et les magnifiques premières saisons d’OJ Mayo et Marc Gasol, vont-ils réagir si le pivot africain déçoit ? Peut-être plus important, comment la franchise surmonterait-elle ce coup d’arrêt alors qu’elle vient à peine de ressentir les prémices d’un renouveau ? Même si Thabeet parvient finalement à concrétiser son potentiel au bout de quelques années, les dégâts n’auront-ils pas déjà été faits ?

---En tentant le pari Hasheem Thabeet, Memphis n’a-t-elle pas posé un pied sur un barreau vermoulu de l’échelle qu’elle a commencé à grimper pour sortir de son trou ?
-
---Le choix de DeMarre Carroll en 27ème position a beaucoup surpris mais les Grizzlies ont pu récupérer Sam Young au second tour alors que celui-ci était attendu bien plus haut. La logique aurait voulu que ce soit l’inverse mais cela ne change pas grand chose pour Memphis. Young est certainement une très bonne pioche (il faisait partie des joueurs cibles du 27th choix de l’Unlimited NBA mock draft mais je n’imaginais pas qu’il serait disponible même à ce rang-là) car il devrait constituer une rotation de qualité dans un créneau inoccupé de l’effectif Grizz (ailier physique et adroit de loin). Un peu à la manière d’un James Posey, son impact en sortie de banc pourrait très bien faire son petit effet et apporter un précieux soutien à Rudy Gay & Co.

---DeMarre Carroll (Missouri, 22 ans) devrait lui aussi sortir du banc mais avec un rôle un peu plus restreint qui ne devrait toutefois pas être négligeable. En effet, ce combo forward apportera toute sa dureté et son intensité à une équipe qui a souvent semblé en manquer. Cependant, il reste un joueur limité et sa contribution ne pourrait difficilement aller plus loin que celle qui sera directement issu de son énergie (quelques rebonds, points, interceptions par-ci par là). Un tel joueur est toujours utile en sortie de banc même si on peut se dire que d’autres individus bien meilleurs étaient encore disponibles au moment du 27ème pick (d’un autre côté, on peut penser que Sam Young n’aurait jamais dû être disponible si loin).

---Quoiqu’il en soit, l’addition de deux véritables et solides role players me semble très judicieuse car ce type de joueurs soldats font le ciment des équipes et permettent aux joueurs clefs d’avoir des appuis fiables pour que leur talent puisse faire la différence. Avec eux, l’effectif Grizzly gagne en densité et en profondeur, ce qui pourra s’avérer déterminent par la suite. Si Thabeet répond à toutes ses promesses, on pourra dire que Memphis aura rondement mené cette draft 2009. Cependant, il faudra attendre (peut-être longtemps) pour savoir si ce « si » est un obstacle ou juste une formalité.

StillBallin