[suite de la première partie]
---Victor Claver ( voir profil mock draft 26th pick, Chicago) a du potentiel à ne plus savoir qu’en faire et, indépendamment des considérations en rapport à l’effectif actuel des Blazers, son profil de combo forward de grande tail
le (2,09 m), athlétique, capable d’allumer de loin et doté d’une certaine académie de jeu est aussi séduisant que les premières notes d’un vieux morceaux de jazz. Or, avant même la draft, l’espagnol avait prévu de rester encore un peu à Valence, bonne équipe de l’excellent championnat ibérique où il joue déjà un vrai rôle. Ainsi, les questions du paragraphe précédent ont été vite réglées. Avec sa sélection, Portland n’aura pas à rencontrer de problématiques d’effectif ou de talent à développer et la franchise pourra le sortir de son chapeau à l’avenir, dans cette période incertaine dont nul ne connait la teneur. Comme un vieil inspecteur de police en butte avec la pègre qui planque une arme à sa cheville, les Blazers gardent une carte dans la manche. Un pick peu encombrant et pas balancé à la flotte pour autant.---Ainsi et au regard de ce qui vient d’être énoncé, la sélection de Claver trouve un intérêt stratégique. La suite des évènements présentent aussi une certaine logique puisque ce sont deux modestes mais très sérieux power forwards qui ont été sélectionné en début de second tour et qui devraient faire de parfaits role players de soutien à ce poste 4 actuellement sans profondeur et qui attend un gros renfort. Deux joueurs à la fois sans prétention pour éviter les problèmes de partage de temps de jeu (réservé à Aldridge, au gros renfort qui aurait dû être signé et même à Travis Outlaw en cas de small ball) et susceptibles d’apporter quelques coups de main bienvenues si besoin.
---Mais la question que je me pose est : est-ce que Portland a sélectionné deux ailiers forts « bouche-trous » (sans être péjoratif) pour les mettre en concurrence ? Cela n’est pas dénué de sens. Chaque rookie amène avec lui une grande dose d’incertitude et quelque soit le niveau qu’on lui connaît, il n’est jamais évident de savoir quel sera son rendement réel dans la grande ligue. Ainsi, même si une franchise est à la recherche d’un seul et simple role player, elle n’a aucune garantie quand à la capacité de ce rookie à remplir correctement le rôle qui lui sera attribué, aussi restreint celui-ci soit-il. Prendre deux joueurs pour une seule place limite les risques d’échec et devrait permettre au bout du compte de faire un choix sur du concret (rendement en NBA, alchimie avec l’équipe des Blazers,…). Portland a lâché deux choix du début du second tour pour pouvoir faire cela mais avec un effectif aussi bondé et talentueux que le sien (et auquel il faut ajouter les cibles de recrutement au poste 1 et 4), c’est un luxe que la franchise peut se permettre. Actuellement, Portland se doit d’avancer ses pions avec une précision chirurgicale pour ne pas risquer de mettre en péril tout l’admirable travail qu’elle a effectué jusqu’à présent, et c’est ce qu’elle semble faire.
---Le premier de ces deux joueurs sélectionnés est Jeff Pendergraph (sa première place du second tour est certainement trop élevée pour un joueur aussi peu référencé mais je soupçonne l’acquisition de ce choix auprès de Sacramento d’avoir pour principal objet d’expédier Sergio Rodriguez loin de leur roster). L’ancien coéquipier de James Harden à Arizona S
tate (2,06 m, 22 ans) se coule parfaitement dans le prototype du role player intérieur. Solidement doté physiquement, travailleur voire besogneux et énergique, il fait ce qu’il a à faire proprement sans chercher à en faire plus que ce qu’il peut. Conscient de ses limites et bon finisseur (avec même une certaine capacité à jouer dos au panier), il peut constituer un point de chute très efficace à proximité du panier s’il est bien servi (14,5 pts à 66 %). Son bon état d’esprit et son intelligence finissent de le dessiner comme un solide joueur de rotation même s’il ne faudra pas attendre plus de lui. Mais c’est le genre de col bleu que Portland a besoin sur son banc, non ?---Dante Cunningham (Villanova, 22 ans) s’exprime d’une manière un peu différente mais il pourrait s’avérer tout aussi utile à son nouveau foyer. Il est un peu sous-dimensionné pour un poste 4 (2,03 m avec de bonnes chaussures et des qualités athlétiques à peines correctes) et n’a explosé sur la scène NCAA que lors de son année
senior (16,1 pts à 52,5 % et 7,5 rbs), néanmoins, il pourrait trouver une place intéressante de « spot-up shooteur intérieur » dans la ligue américaine. En effet, ce power dispose d’un shoot à mi-distance d’une grande précision qui est admirablement servi par un excellent jeu sans ballon. On comprend rapidement l’intérêt pour Portland d’avoir un tel joueur sous la main : entre l’altruisme et l’intelligence intrinsèques des Blazers, la faculté de débordements d’énergumènes comme Brandon Roy, Andre Miller ou Jerryd Bayless et le point de fixation que pourrait éventuellement constituer Greg Oden sous le panier, cette capacité à faire frémir le filet à mi-distance devrait trouver des espaces pour se faire entendre et soulager les autres scoreurs de l’équipe de quelques points.---D’ailleurs, on se rend compte que Pendergraph et Cunningham partagent cette efficacité à la finition et ce bon jeu sans ballon, à la différence que le premier s’attend à recevoir la balle un peu plus près du panier que le second. Tous les deux modestes mais vaillants et intelligents, efficace dans leur registre et inscrits dans le travail d’équipe, ils sont deux joueurs finalement assez semblables dans le rôle qu’ils auront à jouer en NBA et à Portland.
---La description de ces deux profils, à la fois calibrés pour un rôle identique et différents sur quelques caractéristiques saillantes (au niveau du physique et de la zone d’intervention offensif), ainsi que la densité de l’effectif rossonero donnent un certain poids à l’idée d’une mise en concurrence de ces deux joueurs pour un seul strapontin. Lequel des deux sera le plus productif, correspondra le mieux au jeu des Blazz et gagnera le spot mis aux enchères par la franchise, autant de questions qui auront la tâche de trouver leurs réponses sur le terrain.
---La sélection de ces deux role players n’est pas inintéressante, toutefois et au risque d’éveiller des impressions de déjà entendu, je regrette que Portland ne se soit pas jeté sur DeJuan Blair (profil voir mock draft 15th pick, Detroit) alors qu’il était disponible lors de chacun de leurs trois premiers choix de draft. Je peux comprendre que la franchise n’ait pas voulu mettre un joueur de la valeur de Blair dans les pattes du power qu’elle espérait faire venir (sachant que le duo Aldridge-Blair avait de quoi dissuader pas mal de recrue potentielle) mais d’une part, Portland n’avait aucune garantie quand à la venue d’un des free agents visés (contrairement à un joueur qui est drafté) et d’autre part, je me demande s’il ne valait pas mieux remplir le trou au poste 4 derrière Aldridge en engageant un rookie de la qualité du Pitt’s Bull plutôt qu’en faisant venir un David Lee ou un Paul Millsap à 10 millions de dollars l’année.
---On peut aussi se dire qu’il y avait d’autres joueurs bien plus forts que Pendergraph ou Cunningham (Chase Budinger, Sam Young,…) que la Cité des Roses aurait pu drafter mais comme je le dis depuis plusieurs lignes, les plans Blazers avaient en tête un effectif plein comme un œuf et ça fait longtemps que la franchise a dépassé le stade de l’accumulation de talents. L’heure est désormais au calibrage de l’effectif et à l’ajout de petites touches précises.
---Le 55ème choix par contre, semble répondre à une toute autre logique que celle, calculatrice et prudente, qui a prévalu jusque-là : la logique du « une chance pareille, on calcule pas, on la prend ». En effet, qui aurait pu croire qu’un joueur qui était prévu en fin de premier tour/début du second et qui a sorti quelques feuilles de stats bien pralinées face à la team USA championne olympique, allait être encore sans franchise si loin dans la draft ? Même dans cette draft ô combien étrange, c’est peut-être le sort qui a été réservé à l’australien qui a le plus surpris les observateurs.
---Patrick Mills est trop talentueux et prometteur pour que les Blazers n’usent pas leur 55ème choix sur sa personne. Même si cette sélection contredit une grande partie la ligne directrice qui était censée être celle de la franchise (Portland n’a plus besoin d’empiler de talents supplémentaires et continuer dans cette voie pourrait être plus néfaste que positif), il faut admettre qu’il est difficile de critiquer des dirigeants qui profitent d’une telle opportunité.
---Et maintenant ? serait-on tenté de se demander. Mills est avant tout un scoreur sur pile électrique trop petit pour jouer arrière. A qui va-t-il prendre des minutes ? Jerryd Bayless, le troisième meneur de Portland
est aussi jeune que lui, tout aussi explosif, inflammable et attiré par le panier mais il est beaucoup plus talentueux. La franchise a pas mal investi sur lui (sélectionné en 11ème position de la draft 2008 et obtenu après un échange) et compte sur son potentiel pour l’avenir, donc je ne vois pas dans quel interstice Patrick Mills pourrait se glisser.---Dans un premier temps, j’ai pensé que l’australien allait faire un voyage initiatique de quelques petites années dans le monde professionnel, quelque part au-delà des frontières américaines (ce qui aurait certainement été très bon pour lui) afin de constituer une autre « carte dans la manche » des Blazers, à l’image de Victor Claver. Cependant, Portland lui a offert un contrat. Quel intérêt, si ce n’est celui d’avoir un quatrième meneur ? De plus, le jeu de Mills est loin d’être dépourvu de défauts (sélection de shoots suspecte, absence de playmaking) et je ne pense pas que cirer le banc l’aidera à les corriger. Quel intérêt dès lors d’avoir dans ses rangs un tel talent ?
---En fait, la signature de l’ancien leader de Saint Mary’s a peut-être un objectif, disons, plus stratégique pour la franchise de Portland. En effet, certains pensent que les Blazers ont signé leur 55ème choix de draft afin d’en faire une monnaie d’échange (enfin plutôt une pièce d’appoint dans le cadre d’un transfert impliquant d’autres joueurs, je pense). Ça se tient, mais sachant que 54 équipes sont passées devant lui sans le drafter et que le garçon s’est durement blessé avant même les summer leagues, ce n’est pas dit que le rookie fasse vraiment pencher la balance d’un trade (à moins peut-être qu’un GM ne se repasse les videos de ses performances face à la Team USA). Bref, le dossier Mills est encore en suspens.
---Au final, on serait tenté de penser que Portland aurait pu faire mieux du fait des possibilités qui s’offraient elle pendant cette draft. Cependant, les dirigeants ont fait preuve d’une certaine sagesse en pensant en fonction de leur effectif bodybuildé plutôt qu’en essayant de prendre le meilleur joueur disponible à chacun de leurs quatre choix. En ce qui me concerne, je pointerais plutôt un sourcil froncé sur l’idée de recruter un joueur comme Paul Millsap ou David Lee pour en faire un back-up à Aldridge (trop cher et sûrement trop bon). Rien ne m’étonnerait moins que ce soit de là que découle la non sélection de DeJuan Blair, laquelle sélection aurait rendu la draft des Blazers beaucoup plus spectaculaire et alimenté de quelques lignes la saga qui courent depuis peu dans l'Oregon.
StillBallin