29 août 2001

Analyse de la draft 2009: Les Pistons de Detroit (suite)

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[Suite de la première partie]

---Si ce plan était effectivement celui de Joe Dumars, il a échoué mais il faut reconnaître que c’était plutôt inspiré. La draft ayant lieu avant l’ouverture du marché des agents libres (le 1er juillet, je crois), il est difficile de désavouer la sélection de l’ailier de Gonzaga tant il aurait sonné juste avec le recrutement de Millsap ou de Lee (d’ailleurs, Carlos Boozer aurait lui aussi pu être un free agent cet été).

---En fin de compte, on peut penser qu’avec en main un effectif dont un seul élément, Rodney Stuckey, faisait partie des plans d’avenir de la franchise, les dirigeants ont voulu sélectionner le joueur qui leur plaisait le plus (profil, niveau effectif, potentiel) –Austin Daye, donc- tout en sachant qu’ils possédaient une grande latitude pour remodeler totalement l’effectif.

---En effet, Detroit disposait pour cela de plusieurs leviers comme celui de la masse salariale, lourdement délestée par les départs de Rasheed Wallace et Allen Iverson, ou celui des échanges avec des joueurs de valeurs qui arrivent en fin de cycle à Motor City (Richard Hamilton, Tayshaun Prince). Ainsi, au moment de la draft, les possibilités de la franchise étaient très larges et le profil du joueur sélectionné n’était pas vraiment important. Seuls son talent et les bonnes choses que les dirigeants voyaient en lui, l’étaient. Je pense que c’est vraiment cette idée de potentiel et d’upside que présente le joueur de Gonzaga qui a conduit le staff de Detroit a le choisir lui plutôt que DeJuan Blair ou James Johnson.

---Donc peut-être est-ce les choix des Pistons post-draft qui sont critiquables et non la sélection de Daye elle-même. D’ailleurs, les trois joueurs draftés sont des combo forwards certes, mais il aurait pu coexister ensemble et fournir à l’équipe qui les accueille une panoplie d’outils intéressante. Si on fait d’Austin Daye un titulaire potentiel, DaJuan Summers pourrait se muer en une sorte de Donyell Marshall en sortie de banc, balançant quelques flèches à trois points et faisant peser son physique dans les duels. Ces deux-là pourraient passer un peu de temps en 4, histoire d’écarter momentanément les défenses et de déployer un small ball assassin à longue distance. Jonas Jerebko, quand à lui, pourrait plutôt enfiler le bleu de chauffe et faire tous les petits trucs utiles facilitent le travail des leaders. Par ailleurs, le suédois est sûrement le seul des trois qui devrait être capable d’apporter une vraie contribution à l’intérieur (les Pistons n’avaient pas hésité à le faire jouer pivot pendant la summer league, quand bien même il a joué small forward durant toute sa carrière professionnelle).

---Ainsi, le recrutement de ces trois combo forwards n’est pas contradictoire en soit, mais il le devient lorsqu’on y adjoint un joueur majeur similaire (Charlie Villanueva) et qu’on laisse la raquette sans véritable présence intérieure fiable. Detroit peut encore rectifier le tir au moyen de quelques échanges bien sentis mais à l’heure actuelle, son effectif semble plutôt mal taillé.

---Et puis finalement, pourquoi ne pas avoir sélectionné DeJuan Blair au second tour plutôt que Dajuan Summers ? Je veux bien admettre que la franchise lui ait préféré Austin Daye pour son quinzième choix, mais ne valait-il pas le coup de tenter l’intérieur de Pittsburgh avec un de ses deux choix du second tour ? Récupérer un joueur de talent et remplir en partie l’un de ses besoins en contrepartie d’un choix de draft rarement décisif paraissait être une opportunité en or, quelques soient les risques qui s’y tapissent.

---En quoi la sélection de Dajuan Summers est-elle plus justifiée que celle de Blair ? L’espoir d’enrôler un power sur le marché des agents libres comme Millsap ou Boozer que je prête aux dirigeants de Motor City est peut-être une justification suffisante mais malgré tout, n’aurait-il pas mieux valu sélectionner Blair en guise de sécurité ? Il aurait effectivement fait doublon avec cette recrue espérée et Jason Maxiell mais n’en est-il pas de même avec Summers qui devra se batailler avec Prince et Daye, deux joueurs qui eux, sont déjà sous contrats avec la franchise du Michigan ? D’ailleurs, quelque soit la configuration de l’effectif, actuelle ou visée, lorsqu’un joueur calibré top 15 de la draft et répondant à un besoin immédiat est encore disponible quand s’annonce l’heure d’utiliser son second tour, on le sélectionne !

---Si je devais conclure, je dirais que les choix de draft étaient plutôt bien pensés si effectivement les projets de la franchise étaient de faire venir un ailier fort de qualité comme David Lee, Paul Millsap ou Carlos Boozer, mais que la franchise a commis une faute assez grave en ne sélectionnant pas DeJuan Blair au second tour pour assurer ses arrières.

---Je pourrais aussi regretter que les Pistons n’aient pas saisi l’occasion de mettre la main sur le cinquième choix de draft que Washnigton avait mis à vendre. Avec les joueurs qu’ils avaient (Hamilton, Prince plus des joueurs d’appoints comme Maxiell, Will Bynum ou Amir Johnson) et la place qu’ils avaient sous le salary-cap (signer un free agent pour l’échanger), Detroit avait de quoi faire un échange plus séduisant pour les Wizards que celui qu’a proposé Minnesota (Randy Foye et Mike Miller). J’aurais aussi bien aimé voir les Pistons sélectionner un meneur comme Jrue Holiday ou Ty Lawson comme je l’expliquais dans la mock draft. Mais comme l’indique la signature de Ben Gordon, les dirigeants semblent vouloir définitivement donner les clefs du poste 1 à Rodney Stuckey.

---Il faut attendre un peu avant de porter un véritable jugement mais les talents de Joe Dumars se seraient-ils émoussés ? Après une draft 2008 désastreuse, celle-ci laisse un sentiment mitigé et plus encore les mouvements qui ont suivi. Je crois sincèrement que les Pistons avaient les moyens de rebâtir tout de suite un effectif compétitif ou au moins prometteur. Or, si elle paraît solide et même assez talentueuse, cette équipe ne me semble pas être capable de voir plus loin qu’une qualification aux playoffs. Detroit a encore quelques cartes à jouer sur le marché des transferts mais la marge de manœuvre demeure quand même assez restreinte.


---Je voudrais bien ne pas trop en rajouter mais je ne peux m’empêcher de voir qu’une autre crainte a sorti ses canines. Avec quatre joueurs majeurs largement portés sur le scoring (Stuckey, Hamilton, Gordon et Villanueva) dont un croqueur pur et dur (Gordon) et certainement aucun d’entre eux prêt à abandonner leur part de ticket shoots (n’est-ce pas Richard Hamilton ?), comment Austin Daye dont le talent est surtout offensif, va-t-il trouver le moyen de s’exprimer et donc de se développer ? Le rookie que certains ne jugent pas encore prêt pour la NBA aura en plus dans les pattes un excellent joueur à son poste, Tayshaun Prince qui, s’il n’est pas gourmand, est un élément essentiel de l’effectif.

---Les minutes et les ballons devront se gagner, ce qui en théorie peut être une bonne chose car elle oblige les joueurs à être à se surpasser, tout simplement. Seulement, Daye a montré une attitude plutôt contre-indiqué à ce genre de traitement (réservé et plutôt soft) et rien ne serait moins étonnant que de le voir se faire bouffer à ce petit jeu-là. Les Pistons ont peut-être mis là main sur une chrysalide à fort potentiel mais où en est l’intérêt si celle-ci est étouffé avant de pouvoir déployer ses ailes ?

---Trop d’incohérences, trop d’opportunités manquées, l’été 2009 de la franchise de Detroit n’a pas été à la hauteur des attentes. Les Pistons ont certes opéré une reconstruction quasi-immédiate mais de celle-ci est naît un effectif bancal et mal taillé qui sera peut-être un peu court sur les dernières marches de la saison. Cette équipe n’est toutefois pas gravée dans le marbre et des évolutions ultérieures pourront voir le jour cette année ou la suivante. Du moins, je l’espère.

StillBallin

25 août 2001

Analyse de la draft 2009: Les Suns de Phoenix (suite)

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[suite de la première partie]

---Il revient quand même de calmer un peu les ardeurs. Earl Clark n’est pas la solution miracle. Toutes les qualités du combo forward ne peuvent être mises à contribution qu’à la seule condition que l’ancien étudiant de Rick Pitino à Louisville arrive sur le terrain dans les dispositions mentales appropriées. Trop souvent, le corps de Clark arpente le parquet alors que son esprit est ailleurs. Pertes de concentration mais aussi manque de dureté (mentale et dans le jeu) et d’entrain, tout cela plombe parfois (souvent) le magnifique joueur qu’il est.

---L’équation semble simple, si Phoenix parvient à faire jouer son rookie comme un enragé à chaque match, son impact sera immédiat. Sauf qu’il ne suffira pas de le dire pour qu’il en soit ainsi. De même, si la franchise parvient à lui faire un peu oublier son shoot au profit de l’attaque du panier, elle pourra se targuer d’avoir un slasher de premier rang, ce qui est plutôt seyant aux côtés des bombardiers de l’arrière (Nash, Barbosa, Richardson) et d’un intérieur inarrêtable lorsqu’il décide de se tailler un chemin vers le cercle (Stoudemire) et qui, par conséquent, oblige les défenses à se concentrer sur lui.

---Ces deux cibles de progression ne sont pas les seuls défauts du jeune Sun mais ce sont les principales et les corriger le ferait instantanément passer du statut de potentiel à celui de joueur d’impact. Toutefois, ces deux marches sont loin d’être faciles à gravir (particulièrement la première) et il faudra certainement racler tout ce que le staff a de capacités pour qu’il y parvienne.

---Mais peut-être que le staff aura la bonne idée de lui donner pour consigne de se concentrer sur la défense et le rebond. En effet, faire en sorte qu’un joueur se focalise sur une ou deux tâches précises, le responsabiliser sur un ou deux aspects du jeu et lui donner une conduire à suivre simple et précise, est un excellent moyen de rendre effective son évolution. Ces consignes simples et directes couplées à une responsabilisation certaine mais restreinte permettent à ces joueurs inexpérimentés et peut-être un peu faible mentalement, de ne pas se sentir perdu sur le terrain et de rester concentré et impliqué pendant une grande partie du match. Aussi, cela évite aux joueurs très complets comme Clark de s’éparpiller et d’au final n’avoir qu’un faible impact sur le match.

---L’ancien villeurbannais, Amara Sy, possède beaucoup de points communs avec Clark. Tout deux sont hyper talentueux, aussi à l’aise en 3 qu’en 4 (avec les mismatchs que cela implique), très athlétiques, extrêmement complets et dominateur en défense, mais aussi très irrégulier et un peu faible mentalement. Or, lorsqu’il était à l’ASVEL ou au Mans et qu’il passait d’une période creuse à une période faste, on pouvait entendre son coach Vincent Collet, accessoirement entraîneur de l’équipe de France, expliquer qu’il avait besoin de recentrer Sy sur la défense et le rebond pour qu’il retrouve son niveau.

---Rien ne m’étonnerait moins qu’il en soit autant pour Clark. De plus, avec tous les talents qu’elle possède, la franchise de Phoenix peut se permettre de « sous-exploiter » les vastes qualités de l’ancien joueur de Louisville et de le consigner à la défense et aux rebonds. De plus, cela serait certainement aussi profitable à la franchise qu’au joueur puisque la défense est la lacune de base des Suns (rappelez-vous l’avant et l’après Shawn Marion), tandis qu’un large amont de rebonds est presque indispensable pour alimenter leur fourmillante attaque.

---Ainsi, les potentialités de la venue d’Earl Clark à Phoenix sont énormes. En m’avançant un peu (beaucoup), je pourrais même penser qu’un Clark constant à un bon niveau règlerait une grande partie des problèmes des Suns. Et sinon, il pourra constituer une jolie base pour démarrer un nouveau cycle après le départ de Steve Nash et éventuellement d’Amare Stoudemire. D’ailleurs, concernant le niveau définitif de la pépite sur courant alternatif de Louisville, ce n’est pas comme si on jetait une pièce en l’air. Il sera du devoir de la franchise elle-même de faire en sorte que Clark devienne le joueur qu’on voudrait qu’il soit.

---Si Earl Clark apparaît comme un très bon choix, Jrue Holiday faisait lui aussi un excellent candidat à l’insigne du meilleur-joueur-disponible-qui-va-bien-aux-Suns. En effet, Phoenix n’a pas vraiment besoin d’un meneur actuellement mais cela ne devrait pas tarder. Les deux-trois années qu’il reste à Nash ne constitueraient-elles pas une excellente période d’apprentissage pour le très jeune Holiday (19 ans), d’autant plus si c’est sous les conseils du Canadien ? Phoenix tiendrait ainsi la relève à son glorieux meneur. Néanmoins, comme je l’ai dit au début, Steve Kerr hésite encore à abandonner le présent pour poser les pierres qui bâtiront le futur de la franchise. Earl Clark est plus à même de participer activement à ce présent et il a par conséquent remporté la décision du General Manager.

---Maintenant débarrassé des choses sérieuses, on va pouvoir déconner un peu. Et c’est les Suns qui lancent la première vanne : Taylor Griffin sélectionné en 48ème position. Les chances de trouver des joueurs utilisables avec un tel pick sont aussi grandes que de revoir un jour Charles Barkley faire des pompes en concurrence avec une jeune fille mais quand même, la franchise aurait pu retenir un peu ses envies de déconnades jusqu’à la fin du second tour de la draft et le début des vacances.

---Il y a peu, Dayi &Co me demandait si le plus vieux des Griffin avait une chance d’être drafté. Je lui avais alors répondu que ses chances étaient vraiment très faibles et qu’il n’apparaissait nulle part dans les mocks draft. En effet, Taylor Griffin (23 ans) était dans sa dernière et sa meilleure année à Oklahoma University et ses stats plafonnaient à 9,6 pts et 5,8 rbs. Athlétique mais très limité techniquement, costaud mais petit (2,00 m), Griffin risque de souffrir aussi bien au poste 3 qu’au poste 4. De manière générale, il ne possède aucun atout sérieux qui lui permettrait de susciter ne serait-ce qu’un peu d’intérêt en NBA.

---Et pourtant, Phoenix l’a sélectionné. Devant des joueurs un peu plus référencés comme Patrick Mills, Jack McClinton ou Nando De Colo. Il faut être honnête, tout le monde a été surpris par ce pick et avait même du mal à le prendre au sérieux. Rien ne justifie cette sélection à part l’espoir farfelu de voir un jour le n°1 de draft rejoindre l’Arizona à la fin de son contrat rookie pour y retrouver son grand frère. Et comme une blague qui devient de moins en moins drôle au fur et à mesure qu’elle s’éternise, Phoenix a fait signer un contrat à son 48ème choix de draft. Malgré tout, il n’y a pas de quoi en faire un plat, cette signature aussi inutile soit-elle ne gênera en rien la franchise (ou si peu). Ce n’est pas comme si les Suns avaient offert un contrat de 30 millions de dollars sur cinq ans à Jerome James.

---Quoiqu’il en soit, Phoenix n’a pas foiré son pick le plus important et c’est le principal. Earl Clark était sur la short list de la plupart des fans, ainsi, Steve Kerr a pu voir sa cote de popularité freiner un peu sa chute. Reste que Clark comme les Suns ont le mot « bust » écrit en travers de leur visage. La saison prochaine parviendra-t-elle à l'effacer?

StillBallin

19 août 2001

Analyse de la draft 2009: Les Pacers d'Indiana (suite)

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[suite de la première partie]


---Earl Clark (voir profil au 15th pick, Detroit), par contre, aurait été un pari intéressant. Oscillant entre le sublime et l’apathie, le combo forward à tout faire de Louisville est un top 5 de la draft lorsqu’il surfe sur les courbes supérieures de son talent sinusoïdal. Chez les Pacers, le poste 3 est l’intouchable territoire de Danny Granger mais l’avenir de l’ancien Cardinal est plus brillant sur le poste 4 que sur le poste 3. En effet, Clark est suffisamment grand (2,06 m) et athlétique pour occuper cette position, tandis que sa vitesse et ses skills d’ailier font potentiellement de lui un cauchemar à défendre pour les powers. Son potentiel de slasher est monstrueux et complèterait parfaitement les qualités de shooteurs des autres Pacers comme Granger notamment. Parallèlement, sa capacité à jouer loin du cercle pourrait se combiner assez bien avec le jeune et intéressant pivot, Roy Hibbert, qui pourrait ainsi avoir l’espace et les coudées franches pour mettre à contribution sa taille et sa technique meilleure qu’il n’y paraît. Cette association entre le baobab Hibbert et le tentaculaire Clark est encore plus prometteuse sur les phases défensives.

---L’image d’Earl Clark sous les couleurs des Pacers a des reflets enjôleurs mais c’est sans compter les quelques accrocs qu’elle comporte et que la franchise ne peut pas se permettre de négliger. Tout ce que je viens de décrire est une question de potentiel. En effet, au-delà de son irrégularité chronique, Clark a tendance à se comporter plus comme un poste 3 que comme un poste 4 (problématique pour une équipe dont le joueur majeur, Granger, est un pur small forward) et son talent de slasher est étouffé par son attirance pour le shoot.

---Evidemment, ces défauts très gênants peuvent être corrigés. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils le seront. Finalement, choisir Clark n’est peut-être pas moins risqué que sélectionner DeJuan Blair. Sans forcément mettre ces deux joueurs de côté, d’autres joueurs étaient eux aussi mieux considérés que Tyler Hansbrough.

---Parmi eux, le nom le plus en vue était celui de Jrue Holiday. Longtemps prévu dans le top 10, mais loin d’être prêt à faire des étincelles en NBA dès son année rookie, le frosh d’UCLA a lentement glissé du tableau de draft et était disponible à l’heure du choix d’Indiana. Enorme défenseur sur l’homme, un physique très intéressant, une vraie mentalité de meneur et un sens du jeu tout sucre tout miel, Holiday s’est taillé un profil particulier mais férocement aguicheur. Son année universitaire d’abord impressionnante puis très décevante fausse un peu les données, tout comme la spécificité de sa situation à UCLA (confiné en arrière shooteur, privé du gouvernail de l’équipe et embourbé dans un jeu posé qui n’est pas le sien) mais beaucoup de monde l’imagine assez bien être un jour aux commandes d’une puissante cylindrée.

---Au moment de la draft, les Pacers possédaient un four de meneurs (TJ Ford, Jarrett Jack, Jamal Tinsley et Travis Diener) et presque autant désormais (Earl Watson a remplacé Jack et Tinsley a quitté la franchise) mais aucun d’eux n’est à la hauteur des attentes et des ambitions de la franchise. TJ Ford se départage largement des autres et son talent n’est plus à prouver mais sa propension à prendre de mauvaises décisions, à penser à lui avant ses coéquipiers et son inconstance ternissent l’idée d’en faire le meneur définitif et incontesté de la franchise pour les années à venir. Holiday, lui, a le potentiel pour être ce point guard.

---Il y a un énorme pas à franchir entre le potentiel et le niveau effectif mais même dans le pire des cas, Jrue Holiday n’aurait-il pas fait un role player au moins aussi précieux qu’Hansbrough ? Sa capacité à défendre sur les deux postes arrières, son côté all around et ses qualités de playmaker valent bien l’intensité et la ruse offensive de Tyler Hansbrough, si ce n’est plus.

---Dans la même idée, on pouvait aussi penser à Ty Lawson. Contrairement à Holiday, le petit général de North Carolina est un joueur abouti et calibré pour être productif dès ses premiers matchs NBA. Son potentiel n’est pas aussi impressionnant que celui de son rival d’UCLA, de même qu’il ne possède pas son profil particulier et multifonction mais il devrait conduire son équipe avec force et justesse. La treizième place de la draft peut paraître un peu élevée pour certains, mais ce n’est pas mon cas. Dans une cuvée moins lourde en excellents meneurs, le Tar Heel aurait certainement était sélectionné dans ces eaux-là, si ce n’est avant (cf : DJ Augustin l’an passé, choisi en n°9). Et puis, voir Lawson en 13 n’est pas plus surprenant qu’y voir Hansbrough.

---De plus, il aurait peut-être été judicieux de drafter un meneur cette année où les meneurs de talents s’étalent tout au long du premier tour, et attendre la prochaine session pour récupérer un power forward de qualité dans une draft supposée en proposer un large éventail (Greg Monroe, Ed Davis, Al-Farouq Aminu, John Henson, Patrick Patterson, Craig Brackins,…).

---Finalement, les options les plus alléchantes ne sont pas exempts de défauts (DeJuan Blair, Earl Clark) et on peut aussi imaginer que les dirigeants de la franchise de l’Indiana ont vu plus de choses chez Hansbrough que nous et que l’ancien Tar Heel posera un voile sur les critiques dès ses premiers affrontements dans la grande ligue. Néanmoins, je pense qu’il y avait plus à gagner qu’à perdre en recrutant Jrue Holiday ou Ty Lawson. Le premier a un potentiel de rêve et au pire, il restera un role player aussi intéressant qu’Hansbrough. Quand à Lawson, je pense qu’il aurait mieux tenu les Pacers que TJ Ford et de façon plus fiable, permettant aux dirigeants de se désintéresser avec soulagement du poste 1 pour s’échiner à remplir les autres secteurs du jeu.

---Il y a peut-être une autre donnée à prendre en compte dans le processus de sélection de la franchise d’Indianapolis. J’ai entendu dire que Larry Bird –the Pacers’ President of Basketball Operations- s’était fixé une ligne de conduite en matière de draft : sélectionner des universitaires chevronnées et issus de prestigieuses facultés qui ont connu un certain succès à ce niveau. On se rend compte en effet que Brandon Rush (3 ans à Kansas, Champion NCAA en 2008) et Roy Hibbert (4 ans à Georgetown, demi-finaliste en 2007) drafté par les Pacers l’an dernier répondent à ces critères tout comme Tyler Hansbrough (4 ans à North Carolina, champion en 2009) et le second tour AJ Price que nous verrons un peu plus tard (4 ans à Connecticut, demi-finaliste en 2009), cette année.

---Recruter des jeunes joueurs qui ont un certains bagages universitaires est loin d’être dénué de sens. Ce sont en général des joueurs plutôt matures, assez aboutis, bien coachés et dotés d’une sérieuse expérience de la compétition. Bref des joueurs précieux pour n’importe quelle équipe et prêts à être plonger immédiatement dans la chaleur des combats NBA. On peut approuver ou critiquer cette orientation (les très gros talents qui restent longtemps en NCAA comme Tim Duncan, ça n’existe plus vraiment ; ceux qui restent ne sont pas forcément les plus talentueux), toujours est-il qu’elle offre un véritable fondement à la décision de sélectionner Hansbrough. Mais elle en aurait aussi offert un du même calibre à celle de choisir Lawson.

---Enfin, comme je l’ai dit au début, cette draft 2009 sera toujours un broussailleux et redondant sujet de discussion pour quiconque s’intéresse un tant soit peu aux Pacers. Le seul qui pourra y mettre est terme n’est autre que Tyler Hansbrough lui-même. Connaissant la rage de vaincre du bonhomme et sa monstrueuse éthique de travail, cette éventualité n’est pas complètement fermée.

---Que dire d’AJ Price ? L’avoir vu plombé la demi-finale du tournoi NCAA à lui tout seul (il tentait de scorer tout seul sur chaque action, ne faisait que s’empaler sur les défenses et continuait malgré tout) m’a forcément donné une mauvaise image de lui, plus encore parce que c’est un meneur. Néanmoins, il possède plusieurs qualités assez intéressantes comme sa capacité à scorer (à distance notamment) et sa grosse expérience. Ainsi, il ne serait pas étonnant qu’il devienne un solide remplaçant en deuxième ou troisième meneur d’une équipe, ce qui en fin de compte n’en fait pas un mauvais choix pour un pick si loin dans le second tour. Mais j’avoue avoir du mal à l’imaginer tenir une équipe pendant plus que quelques séquences.

---Patrick Mills qui était toujours disponible est certainement plus talentueux et il possède vraiment le potentiel d’un titulaire mais, contrairement à Price, il ne colle pas vraiment au la ligne directrice que Larry Bird semble s’être fixé et que j’ai évoqué un peu plus haut. Aussi, son potentiel dessine un type de joueur assez proche de celui de TJ Ford, donc l’intérêt de le recruter est un peu limité. Il est vrai qu’on peut l’imaginer se glisser dans le costume d’un pétard ambulant, un peu comme Jannero Pargo dans sa belle période avec les Hornets, mais apparemment, c’est plutôt vers la solidité et la fiabilité que se tourne la franchise. Malgré tout, ça valait quand même le coup de tenter Mills, quitte à l’envoyer à Europe jusqu’à ce qu’il maîtrise un peu son jeu. Ce n’est qu’un 53ème choix de draft et prendre un tel investissement n’est pas cher payé même si celui-ci se perd quelque part en Europe.

---Alors bonne draft pour les Pacers ? Sans la qualifier de mauvaise, elle est un peu en dessous des attentes et des possibilités. Mais encore une fois, c’est Tyler Hansbrough qui aura le dernier mot. Donc autant le laisser s’exprimer avant de placarder un avis définitif sur les choix d’Indiana.

StillBallin

06 août 2001

Analyse de la draft 2009: Les Bucks de Milwaukee (suite)

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[suite de la première partie]

---D’ailleurs, comme s’il était devenu le nouveau héros du film « Un jour sans fin », Jennings semble avoir la saison passée à ses trousses. Il quitte le tyrannique coach romain, Jasmin Repesa pour son équivalent américain, Scott Skiles et fausse compagnie à l’importante concurrence de l’équipe italienne au poste 1 (Sani Becirovic et Ibrahim Jaaber) pour en retrouver une autre tout aussi dense à Milwaukee (Luke Ridnour et peut-être Ramon Sessions). Le jeune meneur pourrait même regretter d’avoir à troquer le maillot de la Roma pour celui des Bucks. Bienvenue dans ce monde.

---Et bien qu’il en soit ainsi, l’ancien bench player des joutes européennes repartira une nouvelle fois au combat pour prendre ce qui lui est dû. Le Bradley Center de Milwaukee sera son champ de bataille et finalement, il correspond plutôt bien à un Brandon Jennings en treillis. Scott Skiles est dur, intransigeant, parfois de manière déraisonnable mais le rookie a déjà connu ça. Toute l’année, il a senti l’haleine de plomb de Jasmin Repesa sur sa nuque et a pu être un témoin privilégié de la géniale folie qui habite certains grands coachs du Vieux Continent comme le légendaire Zeiljko Obradovic (Panathinaïkos). A côté, Skiles est un ramasseur de balle. De plus, le coach de Milwaukee et Jennings possèdent des expériences semblables (comme le nouveau rookie des Bucks, Skiles est un meneur et il a connu plusieurs années Europe en tant que joueur mais aussi en tant qu’entraîneur) et ont des repères en commun, ce qui pourraient leur permettre de se comprendre et de tisser une relation efficace.

---Entre l’exaltation qu’il a créée au lycée, l’énorme médiatisation que sa décision de partir en Europe a provoquée et les propos qu’il a tenus, Brandon Jennings devra traîner quelques kilos de pression supplémentaires à ses chevilles. Et alors ? Jennings a dû vivre avec un président de club qui se lamentait d’avoir abandonner des millions d’euros pour un adolescent américain qui ne dépasse pas dix points de moyenne, poser le pied sur des terrains en sachant qu’il retournerait sur le banc à la moindre gaffe et supporter les attentes puis la déception de ses compatriotes d’outre-Atlantique. Rien ne dit qu’il surmontera cette pression, mais on sait qu’il la regardera dans les yeux et qu’il n’hésitera pas avant de plonger dans la boue.

---Et puis dans cette équipe, il aura la chance de pouvoir montrer ce qu’il a appris en Europe (si il a appris quelque chose) et ainsi, prouver que sa décision de traverser l’Atlantique à sa sortie du lycée n’était pas une erreur, fruit de l’arrogance et de la cupidité. En effet, les Bucks ont malgré tout un effectif bien en place et plutôt solide, à défaut d’être excitant, avec un socle de qualité composé du super shooteur, Michael Redd, et du pivot à l’ancienne, Andrew Bogut. Les meneurs qui conduiront cette équipe -dont Jennings-, auront principalement pour devoir de faire la fonctionner efficacement en contrôlant le jeu et en distribuant judicieusement les ballons.

---Or, c’est exactement cette maîtrise et cette gestion du jeu qu’on espère que le meneur américain a pu acquérir du côté du basket plus réfléchi et précis qui marque le continent européen. D’ailleurs, cette supposée progression outre-Atlantique aurait réglé pas mal de défauts qu’on lui reprochait au lycée et qui contrebalançait les fabuleuses qualités qui avaient amené son nom sur toutes les lèvres avant même qu’il ne décide de troquer la case université pour l’Euroleague.

---Mieux encore, avec son talent, sa vitesse et cette « dimension européenne », Jennings sera peut-être l’étincelle qui illuminera le jeu des Bucks et celui de Michael Redd, Andrew Bogut et des powers/combo forwards athlétiques Amir Johnson, Joe Alexander, Hakim Warrick et Luc Mbah a Moute. Des joueurs qui ont besoin d’être bien servis pour être efficace. Dans leur configuration actuelle, les Bucks semblent offrir au point guard rookie un terrain propice au joueur qu’il est censé être devenu. S’il démontre effectivement un jeu de cette envergure (et dans ce sens, la summer league a été très encourageante), Jennings aura repris la place de prospect n°1 qu’on lui avait retiré après ses balbutiements italiens, jusqu’à faire paraître sa sélection en dixième position de la draft 2009 aussi incongrue que celle de Paul Pierce.

---Lâché dans un trou perdu de l’Amérique dépourvu de la moindre source de distraction un peu excitante, le cœur chargé d’un sentiment de revanche qui lui bat ses tempes à chaque pulsation, Jennings devrait être dans les conditions psychiques optimales pour devenir le joueur que son potentiel lui promet. Le bonhomme est en mission, bien décidé à faire naître des regrets à chacun des matchs qu’il disputera.

---En sélectionnant le paria de la draft, Milwaukee a peut-être relancé la franchise. Brandon Jennings est clairement le genre de joueur qu’on peut imaginer être un jour un all-star et son expérience européenne a pu, malgré ce qu’en dit la chute de sa côte, faire de lui quelqu’un d’une valeur particulière. En effet, on peut supposer sans prendre trop de risques que cette difficile année italienne lui a permis de s’endurcir mentalement et de gagner en humilité.

---Mais mieux encore, il se pourrait que ce séjour sur ce continent où chaque panier doit se mériter et où chaque possession est importante, lui a permis d’avoir une approche différente du jeu, plus globale et plus réfléchi, avec l’efficacité comme aiguilleur plutôt que l’exploit. Son talent pur et ses qualités intrinsèques catalysés par ce genre de compréhension du jeu que Chauncey Billups a mis cinq ou six ans à développer, installeraient Jennings dans le cercle des meneurs de très haut niveau pour la décennie à venir, et son équipe avec. Avec un dixième choix et le lycéen rebelle encore disponible, les Bucks avaient beaucoup moins à perdre qu’à gagner.

---D’ailleurs, avec un effectif solide mais sans génie, Milwaukee ne pouvait pas espérer mieux. La franchise du Wisconsin aurait eu besoin d’un gros talent pour espérer monter sérieusement en grade, ce qui est en principe difficilement possible avec un choix de draft aussi éloigné des premières places. Certes, il faudra être un petit peu patient avant de voir cette équipe décoller sous les doigts de Jennings mais le jeu en vaut la chandelle.

---Et puis les Bucks ont peut-être aussi fait un second bon coup. Jodie Meeks (1,92 m, né en 1987) qu’ils ont sélectionné avec leur choix du deuxième tour, ne sait faire qu’une seule chose mais il le fait tellement bien qu’il devrait trouver sa place dans n’importe quel boîte à outils de la NBA. Meeks est un shooteur hors norme. Auteur de 23,7 pts par matchs à 46,3 % de réussite aux tirs dont 40,6 % à trois points (8 tentés en moyenne), il s’est un offert un petit séjour dans la postérité en battant cette année le record de points inscrit sur une rencontre pour un joueur de la prestigieuse université de Kentucky (Rajon Rondo, Tayshaun Prince, Antoine Walker, Jamal Mashburn, Pat Riley) avec 54 pions.

---Cette boule de muscle accuse un manque de centimètres et des limites dans la plupart des autres domaines, mais c’est une véritable machine à shooter qui n’hésitera pas à artiller à la seconde où le ballon viendra se poser dans ses mains et qu’il aura un petit pécule de liberté pour armer son bras de haute précision. Le garçon est plutôt efficace et il pourra sortir du banc pour calmer les ardeurs adverses ou enfoncer le clou. Un tel shooteur peut faire des ravages dans n’importe quel équipe mais plus encore lorsque celle-ci dispose d’un, espérons-le, futur excellent meneur (Jennings) et d’un pivot dangereux à proximité de cercle et bon passeur (Bogut). Comme le point guard drafté en n°10, Meeks a répondu au-delà des attentes pendant la summer league (une alchimie s’est-elle créée entre ces deux joueurs ?) et Milwaukee pourra compter sur lui pour allumer quelques mèches dans le dos de Michael Redd.

---La franchise de Milwaukee a avancé quelques pions sur le grand échiquier de la NBA et il se pourrait que ce soit ceux-là qui décident un jour ou l’autre du sort de la partie. Et puis, peut-être que Jennings pourra donner quelques reflets hollywoodiens au Wisconsin. Faire des Bucks une franchise attractive et une équipe de premier plan, ça ferait une note de bas de page plutôt seyante à l’histoire du premier lycéen à avoir troqué le championnat universitaire par l’Euroleague.

StillBallin