30 décembre 2000

NBA Preview/Commentaire: New Orleans Hornets (Part II)

(suite de la première partie)

--Un Chandler moins énergique ne signifie pas seulement une défense moins intense donc plus permissive mais aussi que la seule arme que la franchise dispose pour contrer les monstres que sont Dwight Howard, Yao Ming et Amare Stoudemire (pour ne citer qu’eux), ne l’empêchera pas de se faire enfoncer dans la peinture.

--Le manque d’entrain du pivot se répercute aussi en attaque. Chandler est passé de 11,8 pts la saison dernière à 8,6 et son pourcentage accuse lui aussi une chute et n’atteint que 55,2 % contre 62,2 %. Le journaliste de Dimemag, Andrew Katz, explique que l’an passé, l’ancien Bull semblait chercher le dunk dès qu’il touchait la balle mais que ce n’est plus le cas aujourd’hui. Cette « flemme » d’aller systématiquement péter un tomar paraît être la cause de sa chute de points et de pourcentage. En effet, selon le super site statistique, 82games.com, Chandler ne dunke que sur 32 % de ses tentatives tandis qu’il en réserve 41 % pour des tirs de près. Or, ce bon Tyson rentre 94,6 % de ses dunks (ça, c’est de l’info) contre 51 % de ses tirs de près. No comment.

--Si un Chandler moins motivé a un impact sur la défense, il en a un aussi sur l’attaque (faîtes pas cette tronche d’ahuri). Son active présence rend l’attaque frelonne plus incisive car même si l’ancien n°2 de draft ne marque qu’une petite dizaine de points par matches, la perspective de se faire claquer un dunk sur la courge pousse les adversaires à ne pas faire l’impasse sur lui (notamment lorsqu’il est en mouvement) et offre donc des espaces pour Paul, West, Stojakovic, ...

--On peut aussi se demander si l’absence du meneur électrique, Jannero Pargo, parti en Russie au Dynamo Moscou, ne va pas occasionner un manque pour la franchise. En effet, ce joueur talentueux mais pas vraiment capable de se maîtriser avait le rôle de dynamiteur en sortie de banc et parfois celui de pompier de service et son apport avait été décisif l’an passée. C’est d’ailleurs en partie lui qui a permis au Hornets de croire un petit peu à l’élimination des Spurs en play-offs. Pargo n’a pas été remplacé (malgré la surprenante poussée de fièvre de Rasual Butler qui était déjà au club l’an passée et qui tournait à presque cinq points de moyenne contre 8,3 actuellement) et son absence se fera peut-être sentir lorsque les Hornets auront besoin d’être débloqués.

--Cependant, une faiblesse beaucoup plus grande entache la cuirasse turquoise de Chris Paul et ses amis. En effet, le jeu des Frelons est désormais bien connu et plusieurs équipes ont trouvé comment le court-circuiter. Arrêter CP3 est impossible, mais pas ses coéquipiers. Face aux Spurs, pendant les play-offs, New Orleans avait tenu la dragée haute aux Texans et on a même pu croire qu’ils allaient éliminer les vieux. Mais coach Popovich avait décidé de faire reluire sa réputation et à envoyer son chien de garde, Bruce Bowen, sur Peja Stojakovic (qui mettait le feu à sa défense) alors qu’il l’avait assigné jusque-là à Chris Paul, sans grand effet. Résultat, Paul a fait du chiffre mais Stojakovic fut aphone et les Spurs ont gagné.

--Voyez-vous, le jeu des Hornets s’articule autour d’un schéma simple mais diablement efficient. La team possèdent plusieurs solutions offensives précises et efficaces comme le shoot en à mi-distance de West, le trois points de Stojakovic, la pénétration de Chris Paul ou le dunk de Chandler (pour les principaux), et Chris Paul se charge de les sélectionner suivant la disposition de la défense adverse et de les mettre en œuvre.

--Donc, cadenasser l’un des piliers des Hornets (David West ou Stojakovic) signifie amputer la franchise d’au moins un tiers de ses possibilités. Cela signifie aussi couper l’une des options de Chris Paul et l’obliger à forcer des tirs plutôt que de laisser le jeu venir à lui. Ainsi, CP3 est moins efficace, les possibilités des Frelons sont drastiquement limitées et tout cela plombe lourdement le fonctionnement des turquoises. Byron Scott ferait bien de trouver une parade à ce problème car sinon, son équipe se fera à chaque fois reprendre de volée au stade des demi-finales comme l’an passé.

--Les Frelons ont montré lors du dernier exercice quel niveau était le leur et ont gagné le respect de tous. Maintenant, il s’agit de prouver que la franchise en est digne sur la durée et qu’elle peut surmonter les nombreuses épreuves qui entraveront leur route. Et oui, Chris Paul, le malheur des superstars, c’est qu’elles ne peuvent jamais se reposer.


Pronostic : Vous avez déjà vu un insecte perpétuellement sur le carreau d’une fenêtre ? Ben pareil, sauf que pour les Frelons, le carreau c’est les demi-finales de conférence.


Note :
- Chris Paul n’a que 23 ans.
- Il faut surveiller le sophomore, Julian Wright. Certains imputent une partie de la bonne saison 2007/08 des Hornets à son activité, notamment en défense tandis que beaucoup lui prêtent beaucoup de talent et un potentiel plutôt savoureux.

- New Orleans a envoyé le meneur Mike James auteur d'une grosse saison en 2006 (20,3 pts et 5,8 passes) mais qui a un peu de mal depuis (belle carrière quand même parce qu'il a commencé en Europe et en France notamment) à Washington contre Antonio Daniels, l'ancien meneur des Spurs qui a remporté le titre en 1999 (après, Tipi lui a tchouravé sa place dans le cinq un peu plus tard). Opération intéressante pour les Hornets puisqu'ils récupèrent un back-up expérimenté qui a pu voir en direct comment gagner un titre comme c'est le cas de James Posey.
- Pendant un temps, il a été question de faire venir Jamal Tinsley ou Stephon Marbury pour apporter de la densité sur les lignes arrières orpheline de Pargo alors que NO était à cinq victoires et autant de défaites.
- Il se pourrait que Chris Paul ait les mains les plus rapides de la NBA (3,0 interceptions de moyenne + 108 matches de suite avec au moins une interception dans sa besace, record NBA). - Coach Byron Scott et Pedrag Stojakovic ont joué ensemble en Grèce au PAOK Salonique et depuis, l’ancien coéquipier de Magic Johnson est un fan absolu du serbe.
- Je suis vraiment déçu que Byron Scott n’ait pas été plus patient avec l’exceptionnel shooteur lithuanien Arvydas Macijauskas (qui truste les infirmeries en Europe cependant) lorsque celui-ci portait le m
aillot turquoise parce que je suis persuadé qu’avec un peu de temps, l’adresse de Macas aurait fait des ravages, sans parler de son association avec Chris « t’as commandé une passe décisive ? Attend je récupère la balle à l’adversaire et je t’envoie ça » Paul.
- New Orleans, second de la conférence West ; Orléans premier de Pro A. Qu’est-ce qui se passe ? Y’a un arrangement entre franchise de la même famille ou quoi ?

- J’aime bien l’idée de remettre les fines rayures sur les maillots en référence aux anciens et quasi-mythiques jerseys de la grande époque à Charlotte mais j’avoue que le rendu final ne m’emballe pas des masses.

- Il se pourrait que la New Orleans Arena, la salle des Hornets change d'appelation pour prendre celui d'une société (comme c'est déjà le cas pour beaucoup de salle NBA comme le Pepsi Center des Nuggets ou en foot l'Emirates Stadium d'Arsenal).
- Savez-vous que ce sont les Hornets qui ont drafté Kobe Bryant en 1996 ? Seulement, ils l’ont échangé tout de suite après aux Lakers contre le génial pivot serbe, Vlade Divac. Ne criez pas à la folie tout de suite, Divac était alors dans ses belles années (et on sait tous que les pivots d’un tel talent ne so
nt pas monnaie courante) tandis que Kobe sortait à peine du lycée et personne ne savait vraiment ce que ça allait donner. Les Lakers ont eu du nez mais c’était quand même un énorme pari sur le moment. Et puis, si vous voulez conspuer les Hornets, attaquez-vous d’abord aux douze franchises qui ont pu choisir avant eux (Kobe a été sélectionné en 13ème position).


La malédiction de Chris Paul
--Cela faisait longtemps qu’on avait pas vu un meneur être le franchise player de son équipe. Je parle d’un type particulier de franchise player, celui qui porte littéralement son équipe sur ses épaules et que n’est pas par exemple le double MVP, Steve Nash (le canadien partageait cette responsabilité avec les musculeux trapèzes d’Amare Stoudemire). Et comme CP3 n’a que 23 ans, tous les rêves sont permis pour les Frelons.

--Toutefois, son jeu est un peu restrictif. En effet, pour chaque attaque, il monopolise la balle jusqu’à ce qu’une occasion se présente pour lui ou plus souvent pour ses coéquipiers. Ainsi, Chris Paul possède réellement les pleins pouvoirs dans le jeu de son équipe, c’est lui qui prend les décisions, qui construit l’attaque et ses partenaires n’ont qu’à exécuter.

--Il n’y a rien de problématique en soi dans cette façon de jouer puisque le talent de Chris Paul s’y prête à merveille et son efficacité n’est plus à prouver. Néanmoins, cela oblige la franchise à ne lui adjoindre que des « exécutants » avec des finisseurs (David West et Peja Stojakovic) qui n’ont qu’à convertir les actions amenées par le meneur, ou des rebondeurs (Tyson Chandler) qui font ce que CP3 ne peut pas faire.

--Mais pour passer la vitesse supérieure, devenir un véritable vainqueur potentiel du championnat, cette équipe me paraît un peu juste et on ne peut pas miser sur une éventuelle progression des deux principaux soutiens de Paul, David West et Peja Stojakovic qui à 28 et 31 ans, sont à l’apogée de leur carrière. Donc que faire pour que New Orleans prennent une nouvelle dimension ? On peut imaginer qu’il faudrait faire venir des joueurs d’un calibre supérieur à West et Peja mais est-ce envisageable ?

--En effet, les meilleurs joueurs de la ligue ne sont pas de simples exécutants, ils ont besoin de toucher la balle et de se créer leurs propres occasions pour s’exprimer pleinement. Ainsi, ils seraient certainement bridés dans l’actuel schéma des Hornets et leur rôle limité n’exploiterait qu’une partie de leur talent. Dans un tel style de jeu, Lebron James, par exemple, aurait la même dimension de jeu que Ronnie Brewer d’Utah. Dommage, n’est-ce pas ? A ce moment-là, à quoi bon faire venir une star ?

--A l’inverse, les qualités de Chris Paul serait sous-exploité dans une équipe dont il ne serait pas le dépositaire exclusif du jeu. Il resterait un meneur très efficace et très bon défenseur mais son impact sur l’équipe en serait grandement amoindri. On a d’ailleurs pu en voir un aperçu aux Jeux Olympiques où la team USA était guidée par Kobe Bryant et Lebron James. Chris Paul n’avait pas la maîtrise du jeu et devait se contenter de faire tourner la balle et d’assurer une étouffante pres
sion défensive sur les arrières adverses. Bien qu’il fût excellent dans ce rôle, le Hornet n’a pas eu besoin de puiser dans son talent pour le remplir. Utiliser CP3 ainsi, c’est comme embaucher Michel-Ange pour repeindre le cagibi et il n’y a que la sélection américaine qui puisse se permettre de sous-exploiter un tel prodige.

--Alors, quoi ? Chris Paul est-il condamné à n’être entouré que par des exécutants sans jamais pouvoir être épaulé par une vraie star ou au contraire à sacrifier une partie de son talent pour faire de la place à l’une d’elle ?


--D’ailleurs, laquelle des deux formules est la plus efficace ? Si on ne peut avoir qu’un demi Chris Paul à côté d’une star, cette équipe est-elle vraiment meilleure que celle qui comprend un Chris Paul en mode pas de quartier entouré de plusieurs joueurs d
e qualité qui s’insèrent parfaitement dans le système Chris Paulien mais qui ne sont pas calibré « star » ? On peut en douter mais les failles d’une telle situation existent.

--Tout d’abord, cela fait reposer la franchise sur les épaules d’un seul homme, ce qui à la fois n’est pas facile à vivre pour le joueur et constitue un risque puisque la franchise est entièrement entre les mains d’un seul homme qui peut faillir (oui, même Chris Paul), être blessé et qui sera forcément ciblé. D’ailleurs, le jeu de l’équipe est de ce fait plus prévisible car tout part d’une seule personne et il suffit donc d’étudier cet individu pour connaître les tendances de l’équipe enti
ère.

--Cependant, on peut imaginer Chris Paul capable de se réinventer et de parvenir à avoir la même influence sur le jeu sans pour autant tenir systématiquement la gonfle et orienter lui-même le jeu en permanence. Ainsi, un All-Star incontesté pourrait lui être adjoint sans que l’un ou l’autre ne voit son jeu en pâtir. Toutefois, procéder un tel changement dans son jeu est d’une extrême difficulté et je serais curieux de voir si Paul est capable de l’effectuer sans y perdre aux changes.


--Ainsi, la seule chose qui empêcherait Chris Paul d’atteindre les sommets NBA avec son équipe me semble être son propre jeu. Mais s’il réussit effectivement à soulever le trophée, que ce soit en dominant seul son équipe ou en refondant son jeu pour pouvoir efficacement accueillir une star, il faudra ériger trois ou quatre statues. Car chacune des deux perspectives relèvent du pur exploit. Je fais quoi, je réserve un sculpteur ?

StillBallin

24 décembre 2000

NBA Preview/Commentaire: Phoenix Suns (Part II)

(suite de la première partie)

--Chacun des joueurs présents dans le système D’Antoni ont vu leur rendement statistique chuter : Nash n’atteint que 8,4 passes contre 11,1 l’an passé, sa moyenne de points a diminué de 1,7 point et son pourcentage est tombé sous les 50% pour la première fois depuis 2004. Il est vrai que le canadien a 34 ans (on dirait pas à voir ses vidéos, hein ?) et que cette baisse de régime pourrait être le signe qu’il entame la phase descendante de sa carrière mais cette raison n’explique pas le rendement des autres Suns.

--En effet, Amare Stoudamire ne score cette année « que » 22,2 points, soit trois points de moins que la saison précédente et cela alors que son temps de jeu est passé de 33,9 minutes à 38,3. Etonnant, surtout lorsque l’on se souvient des cartons stratosphériques qu’il avait rendu dans la seconde moitié de la saison, après la venue de Papa Shaq (13 matchs au dessus de 30 points et une pointe à 41). Les observateurs expliquaient alors que la présence du pachyderme philosophe créait des espaces dans lesquels pouvait joyeusement s’engouffrer Amare mais O’Neal est cette année encore sur le terrain et porte toujours la vareuse ensoleillée sans que les statistiques du jeune power n’aient le même enthousiasme.

--D’autres joueurs aussi sont touchés par cette chute statistique et notamment ceux que l’on associe directement à Mike D’Antoni. Ainsi, Leandro Barbosa ne poste que 12 pts par matchs contre 15,6 l’an passée (production qui d’ailleurs était assimilé à une saison moyenne puisqu’il tournait à 18,1 points l’année d’avant), Raja Bell, depuis envoyé à Charlotte avec Boris Diaw, est passé de presque 12 points à 9,6 tandis que le français a vu ses passes diminuer presque de moitié (3,9 contre 2,1 ; loin des 4,8 passes de la saison 2007 et des 6,2 de l’année d’avant). Pire encore, les 2,1 passes décisives qu’offre Diaw sont sa pire moyenne depuis qu’il est en NBA (et oui pire que lorsqu’il était à Atlanta…c’est dire la qualité de jeu des Suns).

--Peut-être plus grave que la baisse statistique généralisée, les joueurs eux-mêmes éprouvent un certain malaise. Stoudemire se plaint que la franchise ne lui offre pas les conditions qui lui permettraient de rivaliser avec Dwayne Wade ou Lebron James (en même temps pour lui c’est pas nouveau), Nash se sent complètement déphasé dans cette équipe et a l’impression d’avoir été tradé, Raja Bell qui n’était pas grand-chose avant d’arriver dans l’Arizona ne faisait planer aucun doute quand à sa volonté de quitter l’Arizona et enfin Boris Diaw a, après son départ, dit ce qui était une évidence pour tous mais que personne n’osait dénoncer par peur d’effacer les dernières bribes brumeuses du rêve qu’avait été les Suns :

--“Ce n’était définitivement pas amusant… Ce n’était pas aussi excitant pour les fans. Et ce n’était pas aussi amusant pour quiconque dans l’équipe. Je me souviendrai toujours de Phoenix avec Mike (D’Antoni). On est passé d’une équipe qui gagnait et qui était la plus excitante de toute la ligue à une équipe qui gagne à moitié et n’est pas excitante du tout. “

--Effectivement, Phoenix présente un départ tout juste correcte (16 victoires pour 11 défaites) alors que l’effectif avait été renforcé (Matt Barnes -12,8 pts- , Robin Lopez et Goran Dragic) sans rien perdre en retour et que la question de l’intégration de Shaq n’est plus aussi prépondérante qu’avant puisque le gros fait grincer les parquets de l’US Airways Center depuis plus d’une demi-saison.

--Là où le bât blesse dans la réorientation de l’équipe que Kerr a opéré, c’est que les fruits tardent à voir le jour. Chercher à être capable de bien défendre et de jouer un jeu plus lent est pertinent, notamment dans l’optique des play-offs où le jeu a tendance à se durcir et à se fermer, forçant souvent le match à se décider sur la défense. D’ailleurs, les Suns étaient prêt à perdre un peu de leur folie offensive au profit de ces aspects, mais il apparait pour l’instant que si l’intention de défendre est visible, la défense elle-même ne donne pas les résultats escomptés (103 pts encaissés en moyenne pour 103,2 pts marqués contre 105 pts pris et 110,1 pts mis l’an passée).

--Toutefois, la défense est un aspect du jeu qui s’exprime principalement collectivement et qui en général est long à installer (notamment en NBA), a fortiori avec des joueurs pas forcément calés dans ce domaine (il y avait bien Raja Bell mais il a été tradé…). Il se pourrait que dans quelques mois, cette difficile mue donne jour à une équipe qui n’a rien à voir avec les flamboyants et déjà mythiques Suns de D’Antoni mais qui soit suffisamment solide en défense et en attaque pour devenir un vrai danger pour les candidats au titre.

--Mais avant d’en arriver là, les Suns doivent aussi régler leurs problèmes de jeu. Comme je le disais, désormais les Suns comptent principalement sur leurs qualités propres pour scorer. Or, si le talent est là, il n’est pas suffisant et le un-contre-un a ses limites. Le problème, c’est que le système D’Antoni fait en sorte de placer chaque joueur en position d’utiliser au maximum ses qualités propres. Ainsi, ce jeu si particulier « dopait » les forces de chaque joueur comme par exemple la formidable capacité de Stoudemire à attaquer le cercle. Ce système donnait peut-être l’impression que les joueurs eux-mêmes étaient tout simplement au-dessus du lot (d’ailleurs, certains n’hésitaient pas à dire que D’Antoni n’y était pour rien dans la réussite de Phoenix) mais il ne s’agit là que d’une illusion (la preuve avec les Knicks). Bien évidemment, plus le joueur est fort, plus le système de D’Antoni est efficace mais c’est la combinaison des deux qui est vraiment productive (1+1=3 en gros). Or, un joueur comme Stoudemire (j’annonce, ça va être sa fête à lui) ne semble pas avoir compris cela (cf : ses paroles lorsqu’il dit qu’il devrait être au niveau de Wade, Lebron et Howard) et s’entête à essayer de scorer par lui-même comme il croyait que c’était le cas sous l’ère D’Antoni (là encore c’est une illusion… Mais en fait, D’Antoni c’est Copperfield ?).

--Ainsi, les vieux Suns butent sur les défenses adverses sans comprendre que leur jeu actuel ne leur offre plus les facilités d’antan (moins d’espaces, moins de tirs ouverts). Ceci explique selon moi, au moins en partie, la baisse du rendement offensif de Nash & Co. Peut-être que là aussi, le temps leur permettra de se réadapter aux difficultés d’un jeu plus classique. D’ailleurs, l’arrivée de Barnes n’a pas arrangé les affaires à mon avis. Barnes est un excellent ailier (poste creux l’an passé) capable de scorer à trois points comme au poste bas (chose qui manquait et qui pourrait être utile sur jeu placé), mais son arrivée apporte un joueur à mentalité offensive de plus à un effectif qui en est gavé jusqu’aux amygdales. Ainsi, son addition aurait été plus utile sous Mike D’Antoni dont le système se nourrit d’une profusion de scoreurs sans qu’aucun ne se marche sur les pieds alors qu’une telle configuration pose problème dans le jeu plus classique qu’ont établit (sans forcément le vouloir) Steve Kerr et Terry Porter. La présence de Barnes renforce la propension des Suns à s’appuyer sur leurs qualités offensives propres et à court-circuiter le jeu de passe et donc à s’orienter vers les un contre un.

--Le trade Diaw-Bell contre Richardson permet d’éviter un petit peu cela en remplaçant deux solides joueurs de la rotation qui apportent chacun une dizaine de points par un vrai scoreur. Ainsi, les responsabilités offensives sont moins dispersées (apporte de la cohérence au jeu), et une vraie hiérarchie va pouvoir s’établir. Plus encore, J-Rich va apporter sa capacité à créer son propre shoot, limitant un petit peu les ralentissements causé par les difficultés des Suns à installer un vrai jeu de passe. Peut-être même que sa soif de victoire (je vous rappelle qu’il vient des Bobcats) sera contagieuse et qu’elle poussera les autres à se sortir leurs tripes.

--Néanmoins, cette arrivée aussi positive qu’elle soit, signifie la fin des Suns comme on les aime. En effet, Phoenix se rapproche désormais des équipes plus classiques avec trois, voire quatre véritables menaces offensives et un jeu bien plus typé.

--D’ailleurs, cette orientation est illustrée par l’utilisation du néo-Bobcat, Boris Diaw (euh…en fait, ça fait « Babac au Bobcat » ? La classe. Remarque, il y a aussi « Bobo’bcat ». En fait le plus dur pour Diaw, ça ne sera pas de jouer dans une équipe de bas de tableau dont personne se préoccupe, non, ça sera d’encaisser les jeux de mots). En effet, ce joueur dont la force est la passe, la vision de jeu et la créativité (le faiseur de collectif qu’on l’appelle) était utilisé comme un simple et banal power forward sans plus de responsabilité que de marquer quelques paniers et prendre autant de rebonds. Lorsque l’on sait que le collectif de Phoenix n’était pas au mieux, ça laisse interrogateur sur le coaching de Porter.

--Vous avez peut-être l’impression (pas forcément fausse d’ailleurs) que j’impute les débuts laborieux de la franchise aux décisions de Steve Kerr et au coaching de Terry Porter. Ne vous inquiétez pas, la fête n’est pas finie et tout le monde est invité. J’avais déjà émis quelques critiques sur Steve Nash et Amare Stoudemire lorsque D’Antoni avait effectué un ajustement tactique tout à fait judicieux face à San Antonio pendant les derniers play-offs et que les deux stars n’avaient pas su exploiter. Malheureusement ce début de saison n’est pas fait pour rassurer.

--Steve Nash, le fabuleux maître à jouer des Suns ne semble être que l’ombre de lui-même. Peu inspiré et même parfois hésitant, il lui arrive même désormais de forcer des shoots. Oh bien sûr, il reste ce joueur talentueux capable de tuer une équipe adverse et demeure l’un des meneurs les plus doués de la ligue. Cependant, son nom ne joue plus des coudes avec les Chris Paul, Tony Parker ou Deron Williams comme jadis.

--Cette chute me paraît bien trop nette pour être le simple résultat du poids des ans (ben oui, 34 ans quand même), alors, est-ce parce qu’il n’arrive pas à s’adapter au nouveau modèle de Phoenix ? Mais alors Steve Nash, double MVP, serait-il incapable de jouer un style différent ? Les grandes années du canadien ont été celles qu’il a passé sous la direction de coach prônant un jeu très ouvert et complètement tourné vers l’attaque (Don Nelson a Dallas et Mike D’Antoni chez les Suns) et il semble que seul un tel jeu lui permet d’exploiter ses exceptionnelles capacités. Toutefois, ce côté unidimensionnel me pose un peu problème lorsque l’on parle d’un double MVP et son incapacité à s’adapter à un jeu différent fait tâche. Stevie va devoir nous prouver qu’il peut se réinventer, même si ce n’est pas chose aisée à 34 ans. En même temps, plus le temps passe et moins il pourra courir alors cet effort sera peut-être un investissement intéressant pour lui.

--Le cas Amare Stoudemire n’est pas très différent mais bien plus problématique. Stoud continue de faire du chiffre, il en fera certainement toujours mais aujourd’hui, il ne bénéficie plus du mouvement offensif perpétuel des Suns qui lui ouvrait tant de brèches et dans lesquelles il pouvait faire sa fête à doudou (ndlr : au cercle). Or, dans ce jeu moins inspiré, les lacunes de STAT deviennent criantes, à commencer par son intelligence de jeu et sa technique (d’ailleurs, Dimemag n’hésite pas à le confronter à Al Jefferson). En effet, même lorsqu'il reçoit la balle dans une position fermée, il cherche systématiquement à attaquer le panier comme à la belle époque sauf que cette fois les défenses sont bien en place et il ne fait que driver sans succès dans le torse de son défenseur direct. Lorsqu’il décide de changer de stratégie, il opte pour son autre option (oui, il en a que deux) et tente un shoote même si ses poils de nez chatouillent la joue de son opposant. Il est vrai que son shoot s’est amélioré, mais pas de quoi scorer régulièrement sur la tête de quelqu’un.

--Stoudemire pourrait compenser les faiblesses du jeu de son équipe en essayant de créer lui-même les positions et les espaces qui lui permettraient d’utiliser ses formidables qualités d’attaquant. Cela serait certainement possible grâce à un vrai jeu sans ballon (courses, de déplacements et de jeux d’écran) mais bien loin de là, il se contente d’attendre la balle ou un pick and roll dont la fréquence et l’efficacité semble moindre cette année. Il va sans dire que ce comportement dans lequel la passe n’a pas à moufter, n’est pas pour rien dans la sclérose actuelle du jeu de Phoenix.

--Ainsi, le « power du futur » étale au grand jour ses lacunes et ses éclats de voix contre sa franchise qu’il accuse de l’empêcher d’être aussi prolifique que Wade ou Lebron paraissent un peu pathétique. Pourtant, il ne lui manquerait pas grand-chose (un peu de compréhension du jeu) pour effectivement devenir ce joueur qu’il estime être.

--Il faut se faire une raison, les Suns de nos fantasmes ne sont plus, et la franchise actuelle est encore lestée de bien des problèmes qui les ralentiront à coup sûr dans ce wild wild west mais elle a trop de talent pour mourir salement quelque part dans le désert. Avec un peu de temps et des efforts, Phoenix devrait pouvoir reprendre sa place dans la lutte pour le sommet de la conférence Ouest, mais d’ici là, on se contentera de soupirer de nostalgie devant nos écrans.

Pronostic : Il y a huit places pour neuf dans la course aux play-offs à l’Ouest. So what, la place du c… ?

Notes :
- Steve Nash, 34 ans n’a pas encore gagner de titre et Shaquille O’Neal, 36 ans, a expliqué qu’il gagnait un titre à chaque fois qu’il changeait de club. Va falloir se bouger les vieux.
- Avec le 15ème choix de draft, Phoenix a choisi le jumeau de son frère, Robin Lopez, choix intelligent à mon sens qu’il faudra surveiller à l’avenir. Par contre, les Suns misait beaucoup sur l’autre rookie, le meneur slovène, Goran Dragic pour en faire le parfait back-up de Nash mais il semble qu’ils se sont un peu emballés parce qu’ils recherchent activement un autre meneur (ils ont finalement porté leur choix sur Dee Brown).
- Pour économiser Shaq, les Suns ont décidé de lui dispenser certains matches. Si vous avez des paris à faire, pensez-y.
- Boris Diaw cartonne dès ces premiers matches à Charlotte. C’est bien la preuve que ce n’était pas lui qui était dans une mauvaise passe, mais bien qu’il était mal utilisé (même l’an passé, ses coéquipiers ne lui donnaient pas la gonfle autant qu’il aurait fallu).
- Stoudemire fait partie des joueurs dont le contrat se termine en 2010 et rien ne dit que son avenir est cloué dans l’Arizona. Si New York ne parvient pas à récupérer Lebron, Bosh ou Wade, D’Antoni se fera certainement un plaisir de retrouver son ancien joueur.
- Il se murmure que les anciens Magics, Grant Hill et Shaquille O’Neal, veulent racheter la franchise d’Orlando. Shaq, proprio NBA ? Moi, je lui donne du fric si il faut.
- Par ailleurs, une rumeur court qui enverrait Hill à Orlando contre l’ancienne star de Duke, JJ Redick. Une opération séduction des fans pour Orlando (plus un réajustement pertinent du banc) et un pari pour les Suns.
- Les Suns se sont encore trouvé dans une baston (contre les Rockets, cette fois. Bon ça reste le Texas, hein). Pour une équipe qu’on juge soft, c’est marrant. En fait les Suns, c’est la tête-à-claques à lunettes qu’on a envie d’embêter à la récré, non ?
- Phoenix fait plein de petits trucs sympas pour satisfaire les fans comme montrer les coulisses de leurs choix de draft, donner les clefs du locker-room, offrir la possibilité de choisir les cheerleaders, montrer des vidéos marrantes (Steve Nash, Amare Stoudemire, Robin Lopez, …)
- Amare Stoudemire s’est trouvé un nouveau surnom pour remplacer STAT : « Sun Tzu » du nom de l’auteur de « L’Art de la Guerre ». Visiblement, ça n’a pas pris.
- Avant le début de la saison, Stoudemire a dû porter des lunettes de protection pour jouer (les fameuses goggles), ce qui a inspiré The Big Aristote qui n’a pas longtemps tardé avant de l’appeler Kareem Abdul-Amare en référence au légendaire Abdul-Jabbar. Sacré lui.
- Tant qu’on y est, je ne peux pas résister à poster ça et son pendant.
- A quand un calendrier des beaux gosses tatoués avec Matt Barnes au milieu de Robert Swift et Chris « Birdman » Anderson ?
- L’ancien génial meneur des Suns, Kevin Johnson est devenu le premier maire noir de Sacramento.


Si j’étais à la tête des Suns…

- Je n’aurais pas trader les droits de Rudy Fernandez contre du cash.
- J’aurais conservé Mike D’Antoni en lui assignant un assistant spécialiste de la défense qui comprend la philosophie du coach et qui mettrait en place une défense compatible avec celle-ci, quitte à ce qu’elle ne soit que correcte.
- J’aurais poussé D’Antoni à se servir un peu plus de son banc.
- Dans le cas où D’Antoni aurait refusé les deux aménagements précédents, j’aurai fermé ma gueule.
- Dans le cas où D’Antoni serait parti à cause des deux aménagements cités précédemment, sans que je ne puisse le retenir malgré mes rétractations (ben oui, les Knicks ont quand même mis pas mal d’argent sur le table), j’aurais posé mon propre derrière sur le banc des Suns (Kevin McHale’s Style). Ben quoi, c’est fictif, autant me faire kiffer.
- Si je me rends compte qu’en tant que coach, je ne vaux pas un cachou, j’engage un coach européen (Ettore Messina, David Blatt,…) que j’affuble d’un ancien joueur respecté et fort en gueule pour imposer le respect vis-à-vis du coach et qui serait capable de botter le derche des jeunes millionnaires qui composent mon équipe (genre Charles Oakley). Et j’ajoute aussi un ancien joueur qui a une bonne mentalité et qui connaît le monde NBA et l’univers européen (genre Delaney Rudd, Tyus Edney).
- Je ferais le caïd au All-Star Game français.
- J’aurais conservé Boris Diaw et expliqué directement à chaque joueur qu’il est important que Boris touche souvent la balle car sa présence active fluidifie considérablement le jeu et cela bénéficiera à tout le monde.
- Je ferais des séances tactiques pour leur apprendre comment utiliser Shaq lorsque le jeu se ralentit.
- Mais aurais-je effectué le trade O’Neal/Marion ? Je ne sais pas mais je pense que j’aurais quand même transférer l’ailier au shoot apocalyptique parce que son attitude commençait à être un problème pour l’entente des joueurs (être le franchise player, qu’il voulait…). J’aurais peut-être essayé de récupérer un joueur avec un profil semblable ou un pivot élastique et mobile à vocation défensive (Tyson Chandler, Samuel Dalembert, voire Al Horford ou Joakim Noah). Un premier tour de draft contre une équipe pérrave m’aurait aussi intéressé (pour la draft 2008 ou 2009 d’ailleurs).
- Je ferais revenir les maillots des Suns que portait Charles Barkley lors de la finale NBA de 1993.
- Je ferais plein de vannes sur les villes où il pleut tout le temps (c’est dommage que Seattle n’ait plus de franchise. Mais bon, il reste Portland).
- Je saoulerais Michael Jordan pour faire un un-contre-un avec lui (et puis sinon je demanderais à Magic Johnson, Larry Bird,…).
- J’écrirais des scénarios de vidéos pour Steve Nash.
- J’essaierais de convaincre Lebron James que l’argent n’est pas si important que ça, qu’il y a aussi le soleil, le style de jeu, la beauté de l’orange et du violet, la classe que même Charles Barkley avait avec ces maillots, …

StillBallin

14 décembre 2000

NBA Preview/Commentary: Oklahoma City Thunder (Part II)


(suite de la première partie)


--Ainsi, il faudra porter une attention toute particulière aux jeunes thunders sur laquelle la franchise compte et principalement sur Kevin Durant. C’est en effet lui qui doit devenir la pierre angulaire de la future armada. Cette saison qui compte pour du beurre permettra à Sam Presti de vérifier que l’ancien freshman de Texas University est bien le joueur susceptible de porter la franchise sur ses épaules. Il faut dire que le plan de Presti s’appuie entièrement sur lui en tant que franchise player. Rassembler une brigade de spécialistes peut porter ses fruits mais ce n’est pas suffisant, une telle brigade a besoin d’un joueur décisif du genre à tirer les autres vers le haut, à prendre le match à son compte, à assumer ses responsabilités quand la rencontre se durcit et qui permet à l’équipe de rebondir après un échec. Durant a le talent pour ça mais en a-t-il le sang froid et le leadership nécessaire ? Il faudrait mieux parce que c’est autour et en fonction de lui que Presti construit et construira l’équipe.

--Après une première moitié de saison difficile où le jeune franchise player artillait frénétiquement sans le moindre discernement, la promesse a joué comme elle devait jouer, relançant du même coup le projet de Presti. Durant a prouvé qu’il pouvait être une arme de premier plan, il ne lui reste plus qu’à montrer ses qualités de go-to guy. C’est peut-être beaucoup demandé pour un joueur de 20 ans mais OKC lui laisse le temps de digérer ses responsabilités et de découvrir son caractère de vainqueur ou de s’en forger un.

--Sam Presti a voulu lui adjoindre le parfait lieutenant en sélectionnant Jeff Green avec le tour de draft de Boston récupéré dans le transfert de Ray Allen. Seul anicroche, cet ailier réputé très complet et créatif à sa sortie de Georgetown, n’avait rien montré de ses supposés qualités. Avec un Durant en mode JR Smith et un Green loin du niveau attendu, inutile de dire que Presti n’en menait pas large à la mi-saison. Heureusement, le temps à fait son œuvre et Green a magnifiquement terminé l’année, relançant une fois encore le plan de Presti. Plus encore, beaucoup d’observateurs ont fait la comparaison que Presti avait déjà faite en le recrutant, celle qui rapproche le jeune ailier de Scottie Pippen.

--Durant en pseudo-Jordan et Green en Pippen-like, voilà les fondations du plan du GM d’Oklahoma City. Oh, évidemment Presti ne cherche pas à recréer le mythique duo, seulement à en utiliser la formule. Intéressant mais ô combien périlleux, n’est-ce pas ? Jojo et Da Pip n’étaient pas que des profils précis mais aussi des compétiteurs avec des qualités mentales bien plus hors normes que leurs capacités physiques et techniques. Or, les caractéristiques mentales sont toujours les plus difficiles à cerner (surtout avec le questionnaire débile et absolument inefficace que les franchises NBA font passer aux candidats à la draft). Celles-ci se peuvent être innés, se découvrir ou même se former au fil du temps et personne ne sait encore de quel bois sont faits les deux jeunes leaders du Thunder. Le pari est de taille mais il faudra crier au génie si OKC soulève un jour le trophée.

--Si pour ces deux-là cette année de préparation servira de révélateur et de polissage, pour les autres, il s’agira de montrer qu’ils méritent leur place dans l’équipe du futur d’Oklahoma City. Russel Westbrook y avait déjà un pied, sa place semble désormais réservée mais il en est tout autre pour les jeunes intérieurs Petro, Swift et Sene. D’ailleurs, cette saison est l’occasion de vérifier la compatibilité de jeu des différents prospects et d’éviter de partir sur des bases viciées dès le début et de se livrer à des rééquilibrages improvisés et souvent approximatifs.

--Cette année devrait aussi permettre à cette tendre équipe de se construire une identité de jeu et un vécu collectif. Car la complémentarité ne suffit pas et la création d’automatismes peut prendre du temps mais ce capital collectif se révélera à coup sûr un avantage précieux ou même décisif.

--Dans ce sens, l’arrivée des vétérans comme Joe Smith et Desmond Mason me paraît judicieuse car elle permet d’encadrer cette jeunesse galopante. En effet, laisser des jeunes joueurs seuls face à leurs responsabilités peut s’avérer dévastateur ; la présence de ces deux solides joueurs devrait offrir à Durant & Co des repères sur lesquels s’appuyer.

--Par ailleurs, on peut se demander quel est la place des anciens cadres dans cette équipe comme Earl Watson ou Chris Wilcox qui sont de bons joueurs mais qui ne s’inscrivent pas vraiment dans leur projet Presti. Watson a d’ailleurs perdu sa place de titulaire au profit de Westbrook, déclenchant des rumeurs de départ de Watson, rapidement démentie. Cette rumeur trouve une certaine pertinence. En effet, ces deux joueurs accepteront-ils de se dévouer à un projet dont ils ne feront pas parti ? Alors qu’ils ont fait leur trou dans la ligue (dans une équipe médiocre, certes), il serait logique de penser que chacun d’eux cherche à concrétiser d’autres attentes individuelles. Les dirigeants devront gérer proprement cette situation. De son côté, le besogneux Nick Collison devrait lui conserver son rôle d’intérieur sans peur et combatif et être maintenu, a fortiori tant que les jeunes tiges n’ont pas les épaules pour aller au charbon. Et même après car ce genre de joueur est toujours utile et peut avoir son importance dans les vestiaires.

--La volonté de laisser le temps aux jeunes pedigrees de mûrir et de se construire un capital collectif est un principe fondateur du plan Presti et semble porter ses fruits en attendant une concrétisation finale à moyen/long terme. Durant a réglé son problème de sélection de tirs, Green a pris une nouvelle dimension (est passé de 10,5 pts/match à 14,6 cette année avec le même pourcentage) et l’attitude volontaire et culottée de Westbrook est à des lieues de celle d’un rookie classique. La franchise laisse les joueurs faire leurs erreurs pour qu’ils apprennent, Les défaites s’enchaînent mais il s’agit d’un investissement (et puis il y a toujours la perspective d’un bon tour de draft, vous savez.).

--Cependant, la gracieuse offre de temps et l’absence de pression peut aussi conduire la franchise à sa perte. En effet, une telle liberté couplée à l’absence de réelle concurrence pourrait inciter nos jeunes tendrons à une certaine oisiveté et à émousser leur désir de vaincre. D’ailleurs, comment se forger un sang froid Sam Fisher-esque et un killing instinct à la sauce Yakusa si la défaite n’est pas importante ? Une telle latitude ne risque-t-elle pas d’habituer ces jeunes à la défaite ? Voilà qui anéantirait tout le projet du Thunder.

--C’est ici que le travail des dirigeants prendra toute son importance : trouver un équilibre entre assurer suffisamment de liberté pour permettre à Durant & Co de s’épanouir et mettre juste ce qu’il faut de pression pour qu’ils gardent le cap de l’ascension. Not easy, men.

--Ça faisait longtemps que je réclamais le renvoi de PJ Carlesimo. Je trouve qu’il est loin du niveau requis pour un tel projet (pourtant il avait fait des bonnes choses à Portland à l’époque post-Clyde Drexler, avait le fabuleux Cliff Robinson et le fantasme jamais atteint mais quand même bien balaise, Arvydas Sabonis). Jamais les Sonics/Thunder n’ont montré un semblant de jeu structuré sous sa férule et son travail revenait presque à inculquer le théorème du « surtout pas de passe, tu ne peux compter que sur toi même » à ses jeunes et influençables ouailles. Et je n’évoque même pas la défense.

--Cela apparaît comme une évidence mais plus l’équipe est jeune, plus l’entraîneur doit être compétent. Ainsi, le futur choix des Sonics apparaît déterminant pour la suite de leur projet. D’ailleurs, le coach fait partie intégrante du projet : on peut avoir les bonnes pièces du puzzle en sa possession, elles ne seront d’aucune utilité si personne n’est capable des les assembler correctement. En effet, qu’auraient été les Bulls sans Phil Jackson ? Les Spurs sans Gregg Popovich ? Miss France sans Geneviève de Fontenay ?

--On observa assidument quel homme sera désigné pour tenir l’ambitieux projet de Presti. Toutefois, OKC attendra peut-être cet été pour finaliser son choix car la liste des candidats comportera peut-être quelques noms ronflants à ce moment-là (Comment ? Ettore Messina, libre cet été ? Ah non, j’en savais rien…).

--Quoiqu’il en soit, cette année devrait être pauvre en victoire (vous avez vu comme j’enfonce bien les portes ouvertes ?) et les voir jouer risque d’être aussi ennuyeux que l’école des fans (ben oui, le principe est à peu près le même). Cette année encore, les fans du Thunder devront raser les trottoirs. Mais, je les entends déjà marmonner dans leur barbe, qu’un jour, ce seront eux les maîtres du mon… de la NBA. Et cela sera peut-être le cas. Ou pas.

Pronostic : Number One ! (de la draft 2009)


Notes :

- OKC possède un secteur intérieur de rêve…enfin potentiellement. Trois seven footers de 23 ans ou moins qui ont les capacités pour devenir des véritables caïds des raquettes : Johan Petro qui possèdent les qualités physiques et les mains pour devenir un excellent pivot, Robert Swift qui s’exprime dans un registre plus proche du cercle et le contrôleur aérien à vocation défensive Mouhamed Saer Sene pourraient virtuellement former un monstre à trois têtes dévastateur. Seul bémol, Petro montre des choses mais sans parvenir à combler ses lacunes (défense et sélection de shoots pour les plus importants) tandis que Swift et Sene patinent dans d’autres championnats (Mouhamed Saer en D-League et Robert à l’infirmerie). Rien ne présage d’une éventuelle concrétisation de ce potentiel cumulé mais il ne faut pas oublier de prendre en compte les différences de développement des grands (plus tardif à ce qu’il paraît). On n’est pas à l’abri d’une future explosion et au pire, chacun d’eux pourrait apporter des choses dans un registre limité mais utile.

- En parlant de développement des grands je crois que Robert Swift est en train de faire sa crise d’adolescence.

- On peut aussi surveiller les deux autres rookies, le chien de garde Kyle Weaver et le powerful power, DJ White (drafté par Detroit en 29ème position) mais ce dernier est malheureusement out pour plusieurs mois.

- Il paraîtrait qu’Oklahoma City a déjà un œil sur le fantastique ailier fort Blake Griffin qui devrait se présenter à la draft cet été.

- Une rumeur fait d’Avery Johnson un prétendant sérieux au poste de coach du Thunder. L’idée se tient puisque qu’on retrouverait la connexion San Antonio avec Johnson et Presti.

- Dans la série des lancers-francs chelous, je voudrais Desmond Mason.

- Les anciens Sonics comme Nate McMillan renient la franchise dans sa nouvelle version et refuse que le passé Sonics y soit associé. Ambiance.

- La vieille gloire, Gary Payton, est du même avis et refuse que son numéro soit retiré à Oklahoma City. Mais le bougre veut quand même voir son maillot sur un plafond alors il s’est persuadé que Seattle aura sa franchise (qui pourra s’appeler Sonics et conserver ses vieilles couleurs) d’ici trois ans. En fait, ça se tient, personne à Seattle ne voulait voir la franchise partir (la seule raison qui a pousser le proprio a officialisé son envie d’ailleurs est le refus de la mairie de construire une nouvelle salle) et il me semble que David Stern est un peu attristé de voir Rainy City sans franchise. Pas grand-chose ne pourrait empêcher la ville d’accueillir à nouveau une franchise, les structures étant déjà en place. Par ailleurs, il n’avait pas fallu beaucoup de temps à la ville de Charlotte pour reprendre une franchise après le départ des Hornets à la Nouvelle Orléans. D’un autre côté, la stagnation des Bobcats et les pertes financières qu’occasionnent la franchise de la Caroline du Nord ne sont pas des éléments encourageants pour qui voudrait monter une franchise. Bon les gars, si on s’y met tous on peut la monter cette franchise ; moi j’ai dix euros, vous avez combien vous ?


Une première marche ratée
--Le Thunder Oklahoma City n’a plus grand-chose à voir avec la franchise qu’elle était encore l’année dernière. Officiellement, la franchise est la même, le passé des Sonics de Seattle et le futur du Thunder n’en forme qu’un, le personnel est inchangé et pourtant, le déménagement du club n’apparaît pas dans les esprits comme une simple mue ou un changement de vie comme celui d’un jeune homme qui quitte le domicile familiale, non, ce déménagement apparaît comme une vraie rupture.

--Le nom et le maillot ont été complètement refondus mais plus encore, l’appellation et les couleurs originelles sont restés à Seattle, en attente d’une nouvelle franchise qui elle sera l’héritière légitime de la franchise de Shawn Kemp et Gary Payton. Comme un fils adoptif, il est vrai mais qui serait bien plus aimé que le fils prodigue qui a dû changer de nom. Il n’y a pas si longtemps, les déboires des Sonics étaient pleurés et les nombreux endeuillés se référaient avec nostalgie aux glorieux temps passés mêlant les dunks éclaboussant de puissance de Shawn Kemp et l’incontestable arrogance de Gary Payton, comme pour conjurer le sort. Cela ne sera désormais plus jamais le cas. Lorsque le Thunder sera nul, il sera juste nul. Pas de nostalgie, pas de souvenirs sur lesquelles s’appuyer pour remonter sa fierté dans les moments difficiles. Pas de passion. Faut-il avoir de la pitié pour une entité qui n’attire même pas de la tristesse ?

--Regardez les Bobcats, qui se souci d’eux ? Aucune comparaison avec les Knicks l’an passé et pourtant, ils étaient plus fort qu’eux. Mais eux, n’ont pas de passé alors que le Thunder en a un, lui, un vrai, peuplés de moments épiques et de passes plus difficiles. Une personnalité quoi. Mais ils ont dû renier leur identité pour pouvoir avoir sa liberté et s’épanouir (entendez construire un stade plus grand). Imaginez que les vingt-cinq premières années de votre vie soient mises sous silence. Pas comme s’il avait disparu à l’occasion d’une amnésie opinée, non, il est bien présent mais mis à l’écart comme si vous ne pouviez pas l’invoquer.

--Voilà d’où part le Thunder. Une franchise qui au mieux inspire de l’indifférence et qui vit au jour le jour sur l’espoir d’un projet encore sans substance et qui doit en attendant courber l’échine. Autant naître avec la peau ridée, quatre doigts à chaque main et une cataracte bien avancée.

--Le Thunder sait cela mais ça ne l’empêche pas de s’enfoncer plus encore en se tirant une balle dans le pied (la cataracte peut-être). En effet, sa côte de popularité est basse, et cela ne va pas aller en s’améliorant tant que l’équipe ne sera pas un minimum compétitive, ce qui devrait prendre un peu de temps. Inutile de vous dire que la popularité n’est pas un objectif qui relève du pur caprice égocentrique mais qu’elle se traduit par des rentrées financières ou une sorte d’investissement sportif pour attirer tant le respect que des joueurs.

--Or, la franchise n’a rien trouvé de mieux que de se parer d’un nom d’une banalité désespérante et de l’accompagner d’un logo aussi quelconque que pauvre. De même, le maillot, sans être moche, ne se distingue pas suffisamment des autres (couleurs, style) pour attirer le regard. L’indifférence, voilà tout ce que s’attire OKC pour ces débuts. Même l’excitation due à son statut de nouveauté ou d’équipe à en devenir est tristement absente.

--Cela marque un certain décalage entre la gestion de ce renouveau et l’ambition des dirigeants emmené par le GM Sam Presti, de créer une franchise dominante comme les Celtics et les Lakers aujourd’hui et avec peut-être même l’idée de créer un nouveau mythe capable de les concurrencer à l’image de Detroit et ses bad boys ou Chicago dans les 90’. Le Thunder a perdu là l’occasion de créer une certaine émulation autour de la franchise et ainsi permettre de porter un peu plus le projet Presti.

--D’ailleurs en cas de réussite, les conséquences auraient certainement été plus importantes. Chicago en conservant à l’identique leur logo et maillot, capitalise sur leur succès passé et reste une référence, un motif d’intérêt pour tous. Ce n’est pas un hasard si les Lakers, Celtics, Bulls donc, et même les Knicks et les Pistons n’ont pas modifié leurs caractéristiques esthétiques. A l’image des appellations contrôlées pour le vin, celles-ci font partie intégral du prestige du club.

--L’identité de chacune de ces franchises s’est forgé dans le temps certes, mais l’histoire commence dans le présent, n’est-ce pas ? C’est dès
maintenant que le Thunder doit construire sa légende, puisque telle est son ambition. De plus, les Charlotte Hornets avaient réussi à créer une pareille émulation qu’ils n’ont jamais vraiment perdue malgré des résultats quelconques.

--Ainsi, le déménagement des Sonics et leur obligation de changer de nom était l’occasion pour la franchise de se réinventer et de prendre un peu d’avance sur son projet. Ils n’ont pas pu grimper cette marche, ce n’est pas bien grave et ça ne remet pas en cause les ambitions sportives, mais quand même, c’est dommage.

Voici quelques idées des internautes parmi lesquelles les dirigeants auraient pu piocher à défaut d'en avoir eux-mêmes (matez surtout le dernier):